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Les femmes et le sport en Iran

Le sport féminin en Iran est un sujet très intéressant dont l’approche se change. Il est claire que le gouvernement d’un pays joue un rôle primordial dans le développement du sport. L’importance qu’il accorde aux activités sportives professionnelles, les possibilités offertes aux athlètes pour qu’ils atteignent les plus hauts sommets à l’échelle nationale et internationale témoignent du développement social d’un pays. Ce soutien doit être offert à tous les athlètes quel que soit leur sexe, mais atteindre cet objectif dans des pays comme l’Iran se fait sur une trop longue période.

 

Les femmes iraniennes ont toujours considéré le sport féminin comme un outil leur permettant d’affirmer leurs compétences et de démontrer que le rôle des femmes ne se limite pas aux tâches domestiques : s’occuper du foyer et élever les enfants. Mais ces idées peinent à entrer dans les mentalités de pays comme l’Iran ayant de fortes traditions sociales. Malgré toutes les restrictions et les obstacles, les femmes iraniennes ont réussi à pénétrer dans les milieux sportifs au niveau international.

Avant la Révolution islamique et suite à la politique du kashf-e hidjab (le dévoilement) en 1936, une nouvelle image de la femme iranienne est apparue : celle d’une femme alliant tradition et modernité, à la fois iranienne et occidentalisée, envisageant de se projeter dans la sphère publique. La condition des femmes s’est améliorée avec des évolutions telles que l’obtention du droit de vote accordé en 1963. Ainsi, bien que toutes les couches sociales ne soient pas prêtes à accepter la présence des femmes dans les milieux sportifs, la politique du pays a visé à favoriser leur participation dans la société. Voici les résultats obtenus par les Iraniennes dans les compétitions nationales et internationales avant la Révolution islamique :

Les femmes iraniennes ont fait leur première apparition aux Jeux olympiques d’été de 1964 à Tokyo, avec 4 représentantes dans 4 disciplines : la course à pied, la gymnastique, le lancer du disque et le 100 mètres. En 1966, l’équipe féminine de volley-ball d’Iran a remporté la médaille de bronze lors des Jeux olympiques qui se sont déroulés à Bangkok et ces médaillées ont gagné une nouvelle notoriété en décrochant la médaille d’or en 1974. Dans la même année, l’Iran a été pour la première fois le pays hôte des Jeux asiatiques et il s’est placé au second rang en emportant 81 médailles.

L’équipe iranienne d’escrime, composée de 4 femmes, a remporté la première médaille d’or des femmes iraniennes dans l’histoire des Jeux asiatiques. Lors de ces jeux, les Iraniennes ont concouru dans des disciplines comme la course à pied, la plongée, la gymnastique, le basket-ball, l’escrime, le tennis, le tennis de table et le volley-ball. Quant au basket-ball, elles se sont placées au 4e rang, en ce qui concerne le tennis et le volley-ball, elles ont obtenu le 5e rang et elles se sont classées au 7e rang pour le tennis de table. Aux Jeux olympiques de 1976 à Atlanta, 3 Iraniennes ont concouru dans l’épreuve d’escrime.

 

Avec l’avènement de la Révolution islamique en 1979, l’image islamique de la femme iranienne s’est ajoutée à l’identité traditionnelle et moderne, tout à la fois, de la société iranienne. Les sportives ont dû respecter les codes vestimentaires stricts de la République islamique. Au commencement, les fédérations internationales sportives se sont opposées aux restrictions vestimentaires. Mais au fur et à mesure, les fédérations sportives d’Iran et les athlètes ont consacré tous leurs efforts pour que les femmes iraniennes soient de plus en plus présentes dans les compétitions sportives internationales. Bien que les femmes iraniennes ne soient pas représentées dans toutes les disciplines des compétitions internationales, elles ont fait des progrès remarquables dans les épreuves de tir, de taekwondo, d’échecs, de futsal…etc. A l’heure actuelle, les femmes sont interdites de stade et n’ont pas le droit d’assister aux matchs d’équipes masculines.

 

Or, rien dans la loi iranienne n’interdit à une femme de se rendre dans un stade pour assister à une compétition masculine, mais en fait, on empêche l’accès des femmes aux stades pour des raisons de sécurité et de manque de conditions convenables. Il faut préciser qu’il y a beaucoup d’opposants à la présence des femmes dans les stades, y compris parmi les femmes ! Ils sont d’avis que le rôle primordial d’une femme est d’assumer les tâches ménagères et d’éduquer les enfants. Cependant, il y a des hommes qui sont partisans de la présence des femmes dans les stades. Un parlementaire iranien en est un bel exemple. Il s’est déclaré favorable à la présence des femmes dans les stades, du fait que l’équipe nationale appartient à tout le monde y compris aux femmes et donc qu’il faut prendre des mesures pour mettre un terme à cette discrimination. Par exemple, on pourrait réserver une partie des stades aux femmes pour qu’elles puissent assister paisiblement au match de leur équipe favorite, mais cette mesure suppose qu’on joigne le geste à la parole.

 

Les restrictions vestimentaires ont privé de matchs l’équipe nationale iranienne de basket-ball dans les compétions sportives internationales pendant plusieurs années. La Fédération internationale de basket-ball, la FIBA, estimait que le port du hidjab ne pouvait être autorisé pour des raisons de sécurité et pour minimiser les risques de blessures. Les Iraniens ont alors tout fait pour que le port du hidjab soit accepté.

 

Le 13 avril 2017, deux équipes iraniennes de basket-ball se sont affrontées en présence d’un membre de la FIBA et, cas exceptionnel, la présence des hommes dans le stade avait été admise pour la première fois. Lors d’une réunion de la FIBA tenue le 4 mai, la proposition autorisant le port du hidjab par les joueuses musulmanes a été votée et cette nouvelle règle permettra ainsi aux Iraniennes, dès le 1er octobre 2017, de participer aux compétitions internationales de basket-ball. Le port du hidjab islamique n’a pas d’incidence sur les performances remarquables des Iraniennes tant au niveau national qu’international. Par exemple, Maedeh Borhani et Zeinab Giveh, deux volleyeuses de l’équipe nationale d’Iran, de niveau international, ont rejoint une équipe de volley-ball de Bulgarie et elles sont considérées comme les premières Iraniennes à jouer en Europe.

Etant donné que la République islamique d’Iran ne reconnaît pas Israël, les sportifs iraniens renoncent à disputer des matchs contre les Israéliens. Mais selon la fédération mondiale, renoncer à disputer un match avec un pays sans avoir de raisons médicales et pour des considérations politiques, est interdit et cela entraîne d’ailleurs de lourdes pénalités pour l’équipe en question. C’est pourquoi les joueurs contournent la loi en fournissant des prétextes médicaux afin de ne pas disputer un match.

 

Lors de la coupe du monde de tir sportif masculin en 2016 à Bakou, Hossein Bagheri Klahroodi a décroché la première médaille d’argent de l’histoire de l’Iran dans cette discipline. Parmi ses adversaires, il y avait un Israélien, cependant il n’a pas renoncé à le rencontrer sur les recommandations de son entraîneur. Ce dernier était d’avis que la compétition était possible du fait que ce n’était pas une compétition en vis-à-vis. Mais cette décision a offusqué certaines personnes en Iran.

Selon elles, prendre en considération les lignes rouges doctrinales et les respecter est beaucoup plus important que d’obtenir la gloire sur la scène internationale. La politique de l’Iran ne se limite pas à ne pas rencontrer d’Israéliens lors de compétitions sportives. Lors de la coupe du monde de muay-thaï (boxe thaï) de 2016, une Iranienne a obtenu la médaille de bronze, elle est montée sur le podium à côté de la championne israélienne, l’hymne national d’Israël s’est fait entendre, cela a eu pour conséquence la démission de l’entraîneur de l’équipe. Lors des Jeux paralympiques de 2008 à Pékin, le secrétaire général du comité national paralympique iranien a décerné la médaille à un joueur israélien et lui a serré la main, cela a entraîné son éviction.

Néanmoins, si les femmes iraniennes n’ont pas pu avoir des résultats dans certaines disciplines sportives au niveau international, ce n’est pas dû à leur inaptitude.  En effet, il revient au gouvernement de créer de nombreux centres sportifs pourvus d’équipements sportifs adaptés. Dans cette optique, des centres sportifs et des parcs réservés aux femmes ont récemment été ouverts. Il en existe 5 à Téhéran munis de salles, de pistes et de piscines. Le premier parc réservé aux femmes, Behesht-e-Madaran, a été inauguré le 12 mai 2008 dans le district 3 de Téhéran. Les jours fériés, l’accès à ce parc de 20 hectares, exclusivement réservé aux femmes, est ouvert au public et les autres jours de la semaine, seuls 5 hectares du parc sont accessibles au public.

 

Aux Jeux olympiques d’Atlanta en 1996, l’Iranienne Lyda Fariman, tireuse à la carabine, a été la première femme à participer à des Jeux olympiques depuis l’avènement de la République islamique d’Iran en 1979. Elle a été le premier porte-drapeau de l’Iran et s’est située à la 48e place lors des compétitions. Sa première participation à une compétition internationale était aux Jeux asiatiques à Hiroshima, au Japon en 1994.

En plus, aux Jeux olympiques d’été de 2000 à Sydney et de 2004 à Athènes, une Iranienne s’est qualifiée au tir au pistolet. Lors des Jeux olympiques de 2008 à Pékin, des femmes iraniennes sont parvenues à participer aux compétitions olympiques, sans l’obtention d’une invitation (Wild card). Homa Hosseini, membre de l’équipe nationale d’aviron, a été le porte-drapeau de l’Iran aux Jeux olympiques en 2008. En 2012, Elaheh Ahmadi, tireuse de carabine à air comprimé à 10 mètres, a remporté le meilleur résultat parmi les Iraniennes en se situant à la 6e place.

 

Remportant l’or aux Jeux paralympiques de 2012, Zahra Nemati est entrée dans l’histoire de l’Iran en devenant la première Iranienne à remporter une médaille d’or. Elle était membre de l’équipe nationale féminine de taekwondo lorsqu’elle a été victime d’un accident de la route en 2004 qui l’a rendue paraplégique et elle s’est alors consacrée à une nouvelle passion : le tir à l’arc. Cas rare, elle a remporté une médaille olympique à la fois à des Jeux olympiques et à des Jeux paralympiques à Rio en 2016 où elle avait été désignée comme porte-drapeau de l’Iran. Ce palmarès a valu à Zahra Nemati de recevoir le prix de la meilleure athlète des Jeux paralympiques de 2012 à Londres par le Comité international paralympique le 29 mai 2013.

La taekwondoïste Kimia Alizadeh est entrée dans l’histoire de l’Iran en devenant la première femme iranienne à décrocher une médaille aux Jeux olympiques. La jeune athlète, née en 1992, a battu la Suédoise Nikita Glasnovic, ce qui lui a permis de décrocher la médaille de bronze. Elle a obtenu le titre de la première médaillée dans l’histoire du sport féminin en Iran lors des Jeux olympiques. Elle est également la plus jeune championne olympique d’Iran.

 

Les athlètes iraniennes ont également réalisé des performances dans d’autres disciplines comme les échecs. Sarah Khademalsharieh a marqué l’histoire en remportant le titre de vice-championne lors du Grand Prix FIDE féminin qui s’est déroulé à Téhéran en 2015. Elle est la première joueuse d’échecs qui a obtenu l’appellation de Grand Maître international des femmes et lors du 84e championnat du monde d’échecs à l’âge de 18 ans, elle est parvenue à obtenir l’appellation de maître international des hommes. Pour la première fois dans l’histoire de l’Iran, elle a obtenu l’appellation de vice-championne du monde junior en 2014.

L’équipe féminine de futsal a gagné en 2015 le Championnat d’Asie en battant le Japon, grand favori. Lors de ces compétitions, Farzaneh Tavasoli, la gardienne de but de l’équipe nationale a été élue meilleure gardienne, Fahimeh Zarei, ainsi que Fereshteh Karimi se sont classées parmi les meilleures joueuses.

En 2016, 6 joueuses de l’équipe nationale de volley-ball se sont qualifiées parmi les meilleures d’Asie centrale. En remportant le championnat d’Asie centrale, elles se sont placées en dixième position lors des éliminatoires de la Coupe du monde en Asie.

Membre de l’équipe nationale de tennis de table, Neda Shahsavari, a concouru aux Jeux olympiques de 2012 à Londres et à ceux de 2016 à Rio. En 2012, elle était considérée comme la première femme iranienne participant aux épreuves de tennis de table.

Des sports plus inattendus sont également pratiqués par des Iraniennes. Mona Séraji est l’ambassadrice du snowboard féminin en Iran, elle a participé pour la première fois au Moyen- Orient au championnat de Freeride World Qualifier. Elle a également introduit le surf en Iran.

En 2010, la surfeuse irlandaise, Easkey Britton  est considérée comme la première femme à avoir surfé   sur les côtes iraniennes du Balouchistan. La réalisatrice française, Marion Poizeau  est venue également surfer en Iran et grâce à un petit film diffusé sur Internet, elle a attiré l’attention des médias.

En 2013, ces deux femmes ont décidé de repartir en Iran pour faire un nouveau documentaire sur cette expérience unique intitulé « Into the Sea ». Dans ce documentaire, Easkey Britton, accompagnée de Mona Seraji, et Shahla Yasini, une nageuse iranienne, visent à introduire le surf en Iran. Et en  septembre 2014, ces trois sportives reviennent au Baloutchistan pour créer le premier club de surf iranien.

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Le visage de la femme perse dans Shâh-Nâme (Le livre des rois) de Ferdowsi

 

 

 

 

Rédacteur

Golrokh Bayat Maku

Etudiante en français, responsable administrative

Shaghayegh Mokhtari Hedesh
Traductrice

Shaghayegh Mokhtari Hedesh

Titulaire de master en français, Traductrice

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