Le santur

La musique iranienne actuelle est équipée d’un instrument, intitulé santur dont l’apparition remonte selon des découvertes archéologique aux premier millénaire J.-C. Dans une sculpture assyrienne, qui représente une cérémonie en l’honneur d’Assurbanipal (667-626 av. J.-C.) figure, semble-t-il, un ancêtre du santur: il s’agit d’une caisse évidée portant douze cordes que le joueur frappe de la main droite avec une baguette, tandis que sa main gauche paraît exercer une pression sur les cordes pour en varier sonorité et la hauteur.

Dans la Bible, on relève le mot santur, qui serait araméen1. Le santur aurait une origine hébraïque. Né en Orient, il s’est répandu en Europe eu début du Moyen Age (on l’appelle en vieux français Doulcimèle, de l’italien Dolcemele, qui vient lui-même de Dolcis melos) et le psaltérion lui ressemble comme un frère. Le cymbalum lui est aussi nettement apparenté.

On trouve également le santur sous des formes et des noms variés en Turquie, Égypte, Mésopotamie, au Cachemire, au Thibet, en Chine, etc …

 

Le santur est une cithare trapézoïdale à soixante-douze cordes2 (quatre par note) fixes et entrecroisées, soutenues par dix-huit chevalets mobiles en bois dur, garnis d’une petite barrette de métal afin d’isoler le bois que la forte tension des cordes écraserait.

Ces chevalets – appelés Kharak-s, « petits ânes » – sont divisés en deux rangées de neuf, entre lesquelles se situent le registre grave (cordes jaunes, partie de droite) et le registre medium (cordes blanches, partie de gauche) . Derrière les chevalets de gauche se trouve le registre aigu et au-delà des chevalets de droite, un registre suraigu dont on ne se sert que depuis peu et pour les besoins de l’orchestre moderne.

 

L’étendue normale est donc de trois octaves plus une note, et se répartit ainsi : Les soixante-douze chevilles fixées sur le côté droit de l’instrument permettent d’accorder celui-ci au moyen d’une clef. Bien entendu, le santur doit être accordé selon l’échelle utilisée. L’instrumentiste joue avec de fines baguettes de néflier, de noyer ou de buis, appelées mezrab-s. Une extrémité est découpée de manière à permettre la préhension par les trois premiers doigts de chaque main; l’autre extrémité, qui frappe les cordes, est légèrement relevée.

Selon les écoles, la tige du mezrab est soit rectiligne, soit un peu courbe. Les musiciens fidèles à la tradition des anciens maîtres de santur jouent essentiellement du poignet et utilisent des mezrab-s droits. Les partisans de l’école moderne, qui Jouent en grande partie « des doigts », préfèrent les baguettes courbes.

mezrab dans les mains de Payvar, santuriste connu en Iran

 

Grâce aux combinaisons des deux mezrab-s, on peut obtenir sur le santur une grande variété d’attaques, de nuances, d’accents, d’ornements, de rythmes. Ce sont d’ailleurs les mélodies rythmiques qui trouvent leur meilleur moyen d’expression dans le santur.

SABA : l’un des premiers santuriste en Iran

 

Cet instrument fut pourtant assez délaissé après la disparition du grand Somâ Hôzur, au début du siècle ; si bien qu’avant la guerre, seuls quelques vieux musiciens en jouaient encore, ainsi que Somâi, élève de son père Somâ Hôzur. Mais lorsque la Radio d’État fut inaugurée à Téhéran, Somâi, le meilleur « santuriste », fut invité à y jouer. L’instrument se révéla très radiogénique, et tout le monde voulut apprendre le santur !

Meshkatyyan, le santuriste le plus connu en Iran

 

Ainsi se répandit à nouveau et fut remis en honneur le plus sonore, le plus brillant des instruments à cordes iraniens, dont on dit plaisamment : il faut la moitié d’une vie pour apprendre à l’accorder et l’autre moitié pour apprendre à en jouer !

 

  1. De même que le mot Qânun. Mehdi Foruq, article publié dans La Revue de la Musique, Beaux-Arts, n° 10, Téhéran 1957.
  2. Trente-six cordes jaunes, en laiton, et trente-six blanches, en acier.

 

 

Source : CARON. N, SAFVATE. D, Iran, les traditions musicales, Collection de l’institut international d’études comparatives de la musique, Buchet / Chastel, Paris, 1966

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