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Qanât en Iran : système d’irrigation le plus ancien du monde

Qanât, l’invention humaine contre nature aride

La faible précipitation du plateau iranien vient soit de la mer Caspienne ou  du Golfe Persique. La majorité de ce qui ne s’évapore pas immédiatement, s’écoule vers des dépressions intérieures par des rivières ou s’accumule dans les nappes souterraines nourries par les infiltrations importantes dans les zones de cailloutis et d’éblouis au pied des chaines. ce système s’appelle Qanât.

Le mot Qanats, vieux mot sémitique, probablement accadien, dérivé d’une racine qanat ( roseau) d’où viennent canna et canal. Les Britanniques  adoptent Qarez où l’on retrouve une racine iranienne exprimant l’idée d’écoulement .

Des Qanats sont des  mines d’eau, constitués par des travers-bancs, reliés à la surface par des puits dont les orifices, alignés, forment la projection du trajet de la galerie. Ce sont des alignement  de petits cratères. Les bords des cratères sont formés par les déblais provenant du puits et de la projection de galerie qui a été creusée à partir de ce puits. Cet entourage de déblais est une protection contre les ruisseaux nés des puits torrentielles, ou contre la chute d’animaux.

Selon GOBLOT,H. l’assèchement du plateau iranien a été antérieur au seconde millénaire. Depuis lors  il y a eu des oscillations climatiques et  les bois des montagnes ont été  rasées plutôt par l’homme. Faute des preuves archéologiques, on constate une citation dans les annales des Assyriens où Sargon, au cours de sa huitième  campagne  aperçut ces galeries drainantes. Les archéologues sont quasiment unanime qu’il n’y ait pas un Inventeur : Ils le considèrent comme une œuvre  de la fin du seconde millénaire, à l’époque de l’établissement  de la série  de villages qui jalonnent le pied de la chaine montagneuse. Ainsi on peut la considérer comme une technique  née chez les cultivateurs : il y fallait savoir par des irrigations abondantes, les possibilités offertes  les techniques des mines, les outils nécessaires au creusement  de galeries et de puits.

Les agriculteurs Indo-Européens, ancêtres des Mèdes et des Perses , proches parents des tributs de l’Ourartou, ont débouché vite sur le versant sud de l’Elbourz et des vallées arrosées du Zagros méridional, autour de la dépression central, de plus en plus arides au fur et au mesure que l’on y pénètre.  Installés au débouché de chaque torrent sur le plateau, la quantité de l’eau était insuffisante. Ainsi ils ont construit des SEGUIAS, toujours en usage ou renouvelées qui ne sont que des aqueducs. Elles leur permettaient de disperser les eaux d’une manière profitable mais elles étaient nuisibles et destructrices. C’est le début d’une politique d’empiètement sur la zone aride.

Ensuite par une série de tâtonnement successifs et aidés des mineurs, ils ont mirent au jour la technique des galeries drainantes (Qanat). L’occupation visa tout d’abord les cônes de déjection et les éboulis de piémont, là où les eaux de précipitation ou de ruissellement s’infiltraient très rapidement, par conséquent la notion d’eau souterraines était du domaine de l’observation directe. Ces eaux infiltrées suivent les couches  les plus perméables, qui vont en se différenciant de plus en plus au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la montagne. L’inclination de ces couches, forte tout d’abord, va en diminuant, suivant un profil semblable au profil d’un écoulement torrentiel, jusqu’à un niveau de base, commandé par les dépressions ( Kévirs) du plateau central où sont situées les zones marécageuses alimentées par des nappes souterraines.

Quand et comment  Qanât est-il né?

Le mouvement le plus naturel de l’homme qui recherche l’eau est de creuser un puits dont l’eau ne s’écoule pas.  L’invention anonyme est née du jour où quelqu’un eut l’idée de dégager le terrain autour d’une venue d’eau ou d’un point humide, et eut remarqué qu’il se produisait alors un écoulement  continu, en général dans une couche  de sable ou de gravier reposant sur une couche argileuse, ou seulement limoneuse ; alors imaginé  de dégager encore plus le ruisseau souterrain en remontant  le sens de son écoulement, et pour cela  il aura creusé un canal de plus en plus profonde vers l’amont. L’approfondissement du canal s’accompagne d’une augmentation du débit et le déblaiement de la terre devient considérable.

Ils dégagent la terre des puits de Qanât

                                 Ils dégagent la terre des puits de Qanât

Au bout de quelques mètres d’excavation, l’enlèvement des déblais devient pénible, et l’air vient à manquer. Alors, se plaça l’intervention du mineur : un premier puits à verticale fut pratiqué pour joindre le canal à la surface créant un courant d’air, et permettant, pour cet enlèvement des déblais , l’utilisation d’un treuil primitif. Après ce premier puits, on continua à remonter vers  l’amont de l’écoulement, en faisant un nouveau puits et en poursuivant tant que le travail était possible, en général assez loin, puisque l’eau s’écoule par la galerie déjà construite.

Moqanis qui creuse les galerie d'un Qanât sous la terre

                    Moqanis qui creuse les galerie d’un Qanât sous la terre

Ces constructeurs s’appellent Moqanis (Chahkan : qui creuse les puits), qui dérive de la même racine que Qanat. Le métier se transmet de père au fils. Tous ces qanats , partant d’un point assez éloigné du versant abrupt de la montagne, se dirigent toujours vers celle-ci, que l’orifice soit un point humide, ou une très petites sources, ou un puits creusé à faible profondeur. Certains moqanis eurent même l’audace de partir d’un point sec, mais où il aurait été avantageux, à cause  de la disposition  du sol, ou pour tout autre motif, d’avoir une tète de réseau d’irrigation. Ils remontèrent vers la montagne  par une galerie d’abord à sec, puis qui rencontre une couche aquifère et s’enfonce progressivement dans cette couche. Les moqanis agirent , non pas en sourciers quelque peu magiciens, mais en vrai hydrogéologue, sans pouvoir énoncer leur théorie.

Qanât et son côté technique ingénieuse

La réalisation de ces travaux s’accompagne par une série des problèmes techniques dont les solutions étaient très ingénieuses. Il fallait assurer la position de chaque nouveau puits à l’aplombe de la galerie, fixer la pente, la maintenir régulière, et le problème de nivellement. En règle générale, on maintenait tout d’abord la direction de la galerie aussi rectiligne que possible, mais soit la rencontre au fond de blocs trop durs pour être attaqués, soit des dispositions défavorables du terrain de surface rendaient nécessaire d’établir des coudes. Pour changer de direction, il faut placer l’axe du treuil perpendiculairement à la nouvelle  direction, et laisser tomber le câble des deux cotés du treuil : une règle touchant les deux brins du câble donne, au fond, une direction parallèle à celle choisie à la surface, ou bien l’inverse. Puis pour maintenir la tenir la direction au fond, l’ombre de deux brins du câble, en concordance sur le front de taille, donne la direction du creusement. Pour assurer la pente du canal adducteur, on se sert d’une équerre isocèle, à 45 ͦ , facile à construire. Sur l’hypoténuse, deux traits équidistants de la position prise par le fil à plombe lorsque hypoténuse est horizontale, servant à régler la pente. Ainsi, la pente des qanats est variée entre 0.01 %  qui assure un bon écoulement  sans éroder le lit naturel de graviers colmatés.

 

Pour les travaux de nivellement, le moqanis dispose d’un instrument qui est fondé sur la perpendicularité des diagonales du losange, facile à construire. Suspendu à une chèvre au dessus d’un puits en creusement, une diagonale maintenue verticale par un fil à plombe, un bâton fixé à un autre fil à plombe, situé au dessus du puits le plus rapproché, permets de mesurer la différence de niveau et de la surface, et du fond du puits, pour vérifier la régularité de la pente. Le boisage y est inutile.

Où y a-t-il des Qanat?

Il existe des qanats très courts : à peine quelques centaines de mètres, qui servent de drains pour la partie supérieure et amènent l’eau drainée en aval. On les appelle : De Reprise.

Aux alentours de Yazd, il y a des qanats de plusieurs kilomètres de long, dépassant 43 kilomètres. La profondeur dépend de celle des couches aquifères et du relief. Mais celui de Gonabad dispose des puits à 300 mètres. La longueur  moyenne est comprise entre 5 et 10 kilomètres.

Le débit des qanats est estimé entre 500 et 750 mètres-cubes seconde. Comme l’aridité n’est pas totale, cette quantité sert d’appoint plus ou moins important suivant l’abondance des pluies de chaque région, et ces qanats permettent d’utiliser de bonnes terres qui seraient stériles. Environ 3 millions d’hectares. Voilà qui signale l’importance de l’empiètement ainsi réalisé sur le désert. En septe siècle de travail acharné les Hollandais ont conquis sur les marrais ou sur la mer 1 500 000 hectares. En trois millénaires, les iraniens ont conquis le double  sur le désert.

A chaque nouveau qanat, en effet, correspondait un nouveau village, de nouvelles terres, un nouveau groupe humain absorbant les excédants démographiques.  Peu à peu se constituait ce paysage iranien : au débouché  du qanat, la maison du chef, souvent à un étage, entouré des maisons des villageois,  des abris des animaux, de jardins et de cultures maraichères.

La distribution des terrains et les jours d’irrigation des parcelles étaient réglés par le chef des villages, le qanat imposant une sorte de solidarité entre les habitants.

La multiplication des villages  et la croissance d’une population sédentarisée, ont eu pour conséquence la création d’une vie urbaine, la ville étant alimentée par un ou plusieurs qanats, suivant les besoins. Des canaux superficiels amènent l’eau dans les rues , avec une prise pour chaque maison afin d’assurer les remplissage des bassins, des citernes où la boue  et les micro-organismes se déposent grâce à l’addition  de sel et de chaux

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