Des ponts et des barrages chez les perses

Résumé

Dès les origines de l’urbanisation, les Iraniens ont accordé de l’importance à la construction de ponts et de barrages pour une utilisation optimale de l’eau. Le climat sec et semi-aride de l’Iran, la nécessité vitale de l’eau ainsi que les concepts mythiques et religieuses s’y rattachant ont joué un rôle particulier dans l’apparition du talent architectural des Iraniens dans ce type de constructions. Comme les qanats et les citernes, les ponts et les barrages illustrent bien la créativité des Iraniens pour trouver des procédés sans pareils concernant l’utilisation optimale de l’eau. Au début, les ponts étaient construits dans le but de faciliter le passage dans les régions infranchissables et de favoriser la communication entre les régions commerciales. D’autre part, le fait de stocker l’eau grâce à des digues ou des barrages permettait de disposer de l’eau nécessaire pour l’agriculture. Les touristes étrangers sont toujours étonnés en visitant des ponts tels que le Si-o-Se Pol aux 33 arches et le Pol-e Khaju à Ispahan ou encore ceux de Chadravane et Dezfoul au Khuzestan. Dans cet article, tout en donnant des explications historiques et techniques au sujet de ces ouvrages de génie civil en Iran, nous essaierons également d’étudier quelques exemples importants, en particulier la qualité des matériaux utilisés et la méthode de construction et donner ainsi des explications complémentaires aux touristes français. Nous parlerons enfin des progrès et des innovations concernant la construction des ouvrages hydrauliques à l’époque contemporaine.

Un bref regard historique concernant la constructions de ponts et de barrage en Iran

Etant donné la situation géographique, la plupart des ponts et des barrages d’Iran ont été construits dans les provinces du sud et du sud-ouest comme le Fars et le Khuzestan. La construction de ponts a commencé en Iran en même temps que l’apparition des premières civilisations, elle a évolué et s’est améliorée au fil des années. On retrouve d’ailleurs les traces d’un pont de l’époque des Urartéens (8e siècle avant J.C.) sur la rivière Araxe au nord-ouest de l’Iran, à la frontière de la république d’Azerbaïdjan.

Le royaume d’Uruk se situait près du lac de Van, actuellement en Turquie. Il dominait une partie du nord-ouest de l’Iran au début du 1er millénaire de l’hégire lunaire.

Les Élams (3300-1150 av. J.C.) avaient probablement construit les premiers barrages d’Iran dans la plaine du Khuzestan en vue d’utiliser l’eau abondante des rivières de cette région.

Nous pouvons toutefois considérer que l’époque des Achéménides (559-330 av. J.C.) est le début de la construction de ponts dans l’Iran antique. C’est à cette époque que furent construits de tels ouvrages grâce au développement de routes et de voies principales dans le prolongement de l’empire. Il ne reste malheureusement que quelques traces d’un pont dans les limites des palais et des jardins de Pasargades, et également un pont temporaire construit sous l’ordre de Xerxès Ier, 5e roi hakhamanechi, dans le détroit des Dardanelles pendant l’attaque de la Grèce. Seules, malheureusement subsistent des traces de barrages et de digues construits par les Achéménides dans la région du Fars, en particulier un tunnel servant à acheminer l’eau qui est l’ouvrage hydraulique le plus ancien retrouvé.

La plupart des ponts et des barrages d’Iran ont été construits dans les provinces du sud et du sud-ouest comme le Fars et le Khuzestan. Les Élams (3300-1150 av. J.C.) avaient probablement construit les premiers barrages d’Iran dans la plaine du Khuzestan en vue d’utiliser l’eau abondante des rivières de cette région. Mais selon des découvertes archéologiques, c’est à l’époque des Achéménides (559-330 av. J.C.) que furent construits de tels ouvrages grâce au développement de routes et de voies principales dans le prolongement de l’empire.

L’époque des Sassanides (224 -641 après J.C.) est l’une des plus brillantes périodes pour la construction d’ouvrages hydrauliques tels que ponts et barrages. L’utilisation de pierres taillées de grande dimension, la construction de ponts polyvalents et la capacité de construire des ponts sur des rivières pleines d’eau sont les caractéristiques principales de cette époque.

Un point intéressant au sujet de ces ponts est le nom qui leur était attribué : la plupart étaient appelés « le pont de Fille», issues d’Anahita, déesse de l’eau chez les Sassanides, ce qui montre bien la corrélation entre la religion et l’urbanisation. Les ponts de Chadravane et de Dezfoul situés au Khuzestan et le pont Scharestan à Ispahan sont de remarquables exemples de ponts sassanides. Comme les Achéménides, les Sassanides ont également construit beaucoup de barrages au Khuzestan et dans le Fars.

L’époque des Sassanides (224 -641 après J.C.) est l’une des plus brillantes périodes pour la construction des ponts et des barrages. La plupart étaient appelés « le pont de Fille  », issues d’Anahita, déesse de l’eau chez les Sassanides, ce qui montre bien la corrélation entre la religion et l’urbanisation. Les ponts de Chadravane et de Dezfoul situés au Khuzestan et le pont Scharestan à Ispahan sont de remarquables exemples de ponts sassanides.

Le style architectural des Sassanides a été maintenu après la conquête arabe. Les ouvrages étaient construits ou restaurés en respectant ce style. La dynastie des Bouyides (1050-940 après J.C.) faisait partie des gouvernements musulmans qui accordaient beaucoup d’importance à la construction de ce type d’ouvrages. Situé dans la province du Fars, le pont-digue Amir, au sujet duquel nous donnerons davantage d’explications un peu plus loin, est l’un des plus brillants exemples de cette époque.

L’époque des Timourides est l’une des autres périodes ayant vu la construction de nombreux ponts. Bien qu’en 1314 après J.C., ils aient, dans un premier temps, gravement anéanti des régions en attaquant l’Iran, influencés par la culture iranienne, ils se sont ensuite orientés vers la construction et le développement de la prospérité. Le pont de Dokhtar à Meyaneh est l’une des plus célèbres constructions de cette époque. De véritables trésors d’architecture tels que ponts, barrages et autres bâtiments architecturaux sont également restés de l’époque des Safavides. Comme Ispahan était leur capitale, la majorité de ces chefs-d’œuvre se trouvent dans cette ville, entre autres les ponts Khaju et Si-o-Se ou pont aux 33 arches qui sont des exemples remarquables de progrès et de splendeur architecturale.

Pont, barrage et digue, trois sortes d’ouvrages hydrauliques

Comme nous l’avons déjà dit, le pont joue un rôle de liaison entre deux parties d’une route ou d’une rivière, sans lequel il serait impossible de poursuivre sa route. L’eau des rivières est nécessaire pour arroser les terres agricoles, mais étant donné que son niveau est plus bas que les terres, des digues étaient construites dans le passé pour résoudre ce problème.

La digue est un mur construit à l’aplomb de la rivière, ce qui empêche le passage de l’eau qui est stockée derrière, son niveau monte peu à peu, par conséquent, elle peut dominer les terres des alentours. En construisant des dérivations et des canaux d’irrigation à partir du bassin de stockage, l’eau peut être dirigée dans la direction de la pente du terrain vers le lieu voulu et être utilisée.

En fait, la digue est une sorte de barrage ; la différence, c’est que le barrage est construit dans le but d’alimenter en eau la zone qui se trouve derrière, alors que la digue est utilisée pour augmenter le niveau de l’eau. L’eau retenue par la digue déborde, ce qui n’est jamais le cas pour le barrage. Une structure en béton, en pierre ou même en sarooj (mortier traditionnel fait d’argile, de calcaire, de fibres, de scories de fourneaux, de paille et d’œuf), appelée débord, au-dessus de laquelle l’eau déborde, est construite à côté du barrage.

Les plus importantes constructions hydrauliques d’Iran (Pont, barrage et digue)

Il y a beaucoup de rivières abondantes et plus de 300 ouvrages hydrauliques au Khuzestan. Située à 90 kilomètres au nord d’Ahvaz, dans la province du Khuzestan, la ville de Shushtar contient les plus importants systèmes de ce type sur le fleuve Karoun. Cet ensemble a été inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO comme la 10e œuvre nationale de l’Iran en 2009. Le Karoun est le cours d’eau le plus abondant d’Iran, il se divise en deux lorsqu’il traverse la ville de Shushtar. La plaine de Mianab se trouve entre ces deux bras et comme elle se trouvait à un niveau plus élevé que ces derniers, il était impossible de l’irriguer.

Dariun, le canal occidental, constitue le cours principal du fleuve, Gargar est le canal oriental. Ces deux canaux se rejoignent à environ 40 kilomètres au-delà. Le Gargar a été creusé à la main afin de diminuer le volume de l’eau du Karoun et ainsi d’éviter les dévastations lors des inondations. Autrefois considéré comme un obstacle sur le chemin d’entrée des ennemis, il permet en outre l’irrigation des terres agricoles de la partie est du Karoun. Darius l’Achéménide ordonna également d’aménager le fleuve afin qu’il puisse surplomber les terres. Deux tunnels creusés au-dessous de la forteresse du gouverneur local du Khuzestan permettaient d’avoir accès à l’eau du fleuve.

Les Sassanides avaient construit la digue Band-e-Mizan pour régler le niveau de l’eau du Karoun et le diviser en deux bras. Cette digue était longue de 523 mètres, haute de 5 mètres et large de 70 mètres. Elle comporte quelques courbes successives, elle possède 10 prises d’eau, 9 sont situées dans l’angle est et la dixième plus large, est située dans l’angle ouest. Après la 10e prise, la digue continue en direction de l’ouest et arrive à la tour de sécurité qui était probablement le lieu de séjour de ses gardiens.

Après avoir traversé la digue Mizan, le Gargar se heurte à un rocher naturel, connu sous le nom de pont Gargar. Trois principaux tunnels et plusieurs tunnels secondaires ont été creusés afin que l’eau s’accumule derrière le rocher, puis se déverse rapidement avec force par les tunnels après avoir atteint un certain niveau. 32 moulins ont été construits à ces endroits pour mieux utiliser cette force hydraulique. Après les moulins, l’eau forme quelques cascades et se déverse dans des sortes de petits bassins.

En creusant le canal Gargar, le débit du Karoun a diminué, le niveau du fleuve a ainsi baissé, afin que l’eau ne puisse pas submerger le canal Dariun qui arrosait la région entre les deux canaux. Le pont-digue Chadravane de Shushtar, structure polyvalente, rend non seulement possible le franchissement de la rivière, mais aussi l’élévation du niveau de l’eau qui peut s’écouler dans le fleuve Dariun.

Ce pont-digue est construit à l’ouest, à 400 mètres au-dessous de la digue Mizane, sur la rivière Chéteite. Selon les témoignages historiques, le pont-digue Chadravane est l’une des structures construites sous l’ordre de Shapur Ier par les soldats romains après sa victoire contre Valérien, empereur de Rome. Le but du roi était de punir les Romains pour avoir causé des dégâts dans les villes, mais également de développer ses programmes de constructions. L’image de la victoire de Shapur Ier contre Valérien dans la guerre d’Edesse a été gravée sur le relief de Naqsh-e-Rostam à 6 kilomètres au nord de Persépolis.

Le pont-digue Chadravane était jadis l’une des très importantes constructions hydrauliques restaurée au cours des différentes périodes. Autrefois, il possédait 44 prises d’eau, actuellement, il ne reste que des traces de 16 prises voûtées et de 8 sans arcade.

Situé au Khuzestan, le pont Dezfoul datant de l’époque de Shahpur Ier, roi sassanide, est le plus ancien pont subsistant en Iran. C’était, comme nous l’avons dit plus haut, l’une des constructions bâties par les captifs romains après la victoire contre Valérien. Construit sur la rivière Ab-e Diz, ce pont joint les deux parties est et ouest de la ville et il était auparavant, l’un des chemins de liaison entre la ville de Gundishapur et la Mésopotamie. Il reste encore 14 traces de ses prises d’eau et ce pont a été enregistré sur la liste des œuvres nationales en 1931. Les matériaux utilisés sont la pierre et le sarooj.

On peut aussi admirer de très beaux ponts sur le Zayandeh Rud à Ispahan. Situé dans la région Jay, le pont Shahrestan qui était à une époque le seul pont au-dessus du Zayandeh Rud est le plus ancien. Selon les témoignages des archéologues, il a probablement été construit par les Sassanides. D’une longueur de 105 mètres et d’une largeur de 5 mètres, il prend appui sur les rochers naturels du Zayandeh Rud. Il est construit en pierre et sarooj et restauré avec des briques, il possède 11 arcades et 12 grandes bases rocheuses constituent ses fondations.

D’en haut, on peut voir la forme voûtée du pont vers l’ouest, c’est-à-dire dans la direction de l’écoulement de l’eau de la rivière ce qui renforce sa résistance à l’eau spécialement pendant les inondations.  Le tablier à partir des culées de chaque extrémité s’élève en pente douce, de sorte que le milieu est plus haut.

Une assez luxueuse niche à trois étages se trouve au nord du pont, elle était utilisée comme lieu de repos et de loisirs par les gouverneurs, mais aussi d’octroi pour contrôler les caravanes et percevoir les droits de péage, étant donné que le pont était situé sur la route d’Ispahan à Chiraz. Restauré à l’époque des Bouyides et des Seldjoukides, son importance diminua après la prise du pouvoir par les Safavides et la construction d’autres ponts à Ispahan.

Au 17e siècle, sous les Safavides, un pont avec 33 arcs fut construit grâce aux efforts d’un général de Shah Abbas Ier, c’est pourquoi il porte son nom, c’est le pont Allahverdi Khan. Il faisait le lien entre les rues du quartier de Tchaharbagh, au nord et celles au sud de Zayandeh Rud. 4 tours en pierre se trouvent au nord et 2 au sud, de même hauteur que le pont.

Pont Si-o-Se Pol possède 33 arcades dont les appuis sont en pierres grises ainsi que son tablier qui est recouvert de ces mêmes pierres. Dans son carnet de voyage, Pietro Della Valle, touriste italien, se remémore les 33 arcs avec étonnement et admiration, car, d’après lui, c’était le plus long et le plus large de tous les ponts par comparaison avec ceux de Rome.

Outre qu’elles rendent le pont plus résistant et beau, ces tours contiennent des escaliers permettant d’accéder au niveau supérieur du pont ou à l’étage inférieur. A l’époque des Safavides, la fête de Tirgan ou cérémonie du jaillissement de l’eau, fut rétablie par Shah Abbas Ier qui y participait avec les gens de sa Cour, elle avait lieu le 4 juin autour de ce pont aux 33 arcs.

Comme l’indique son nom, ce pont Si-o-Se Pol possède 33 arcades dont les appuis sont en pierres grises ainsi que son tablier qui est recouvert de ces mêmes pierres. Les autres parties du pont sont construites en brique. Entre les arcades du pont, soutenues par les culées aux extrémités et les piles, on peut parcourir toute la longueur du nord au sud sans être mouillé sur deux niveaux et admirer le paysage et le Zayandeh Rud. Construits charitablement pour le public, des saghakhané qui sont des lieux où l’on peut boire de l’eau, se trouvent sur le pont à certaines distances des arcades ; ils sont particulièrement importants dans la religion chiite.

D’une longueur de 295 mètres et large de 14 mètres, ce pont a été dessiné et construit par le maçon Hossein Ispahani. Il est situé à l’endroit où le débit du fleuve est le moins important et où la profondeur est faible. Dans son carnet de voyage, Pietro Della Valle, touriste italien, se remémore les 33 arcs avec étonnement et admiration, car, d’après lui, c’était le plus long et le plus large de tous les ponts par comparaison avec ceux de Rome.

Le pont Khaju est le plus important ouvrage d’art enjambant le Zayandeh Rud et on peut même dire que c’est le plus célèbre et le plus beau pont d’Iran. La finesse et la précision de l’architecture de ce pont sont remarquables. Également utilisé comme barrage et digue, ce pont a été construit en 1681 à l’époque de Shah Abbas II, sous les Safavides, sur les ruines d’un autre pont datant de l’époque des Timourides. Son architecture s’est inspirée de celle du Si-o-Se Pol.

Le pont Khaju est long de 132 mètres et large de 12 mètres, il est à deux étages. Au niveau inférieur, l’allée centrale est en pierre, on peut compter 21 arcades de dimensions différentes, mais chacune a sa jumelle plus loin.  La raison de cette différence tient au fait que ce pont est construit à l’endroit où la rivière a une largeur minimale et un débit d’eau maximum. Ces arcades en brique, de dimensions variables, entre 2,6 mètres et 3,8 mètres jouent le rôle de vannes pour contrôler la hauteur de l’eau.

Les arcs en ogive à l’ouest du pont Khaju ont des vannes permettant de modifier le niveau de l’eau. C’est pourquoi à l’époque des Safavides et du Shah Abbas II, en fermant ces vannes lors des cérémonies et des fêtes, on pouvait faire du bateau sur le lac ainsi créé. L’allée supérieure du pont possède un large passage pavé au centre et deux couloirs latéraux couverts côté est et côté ouest. Les murs de l’allée principale sont décorés d’arcs et de faïences de sept couleurs. Les couloirs secondaires de la plate-forme supérieure sont en brique et les passants peuvent regarder avec plaisir le Zayandeh Rud.

Deux pavillons octogonaux appelés biglarbeygui, lieux de loisirs du roi de l’époque, se trouvent au centre du pont Khaju, à l’est et à l’ouest. Les fresques peintes et les carrelages conféraient alors une certaine beauté à ces espaces. Ces bâtiments de loisir sont architecturalement importants, car ils rendent le pont plus résistant. Deux emplacements triangulaires qui ont les mêmes caractéristiques sont également situés côté nord et côté sud du pont pour les mêmes raisons.

Le pont Khaju est le plus important ouvrage d’art enjambant le Zayandeh Rud. C’est le plus célèbre et le plus beau pont d’Iran. Également utilisé comme barrage et digue, ce pont a été construit en 1681 à l’époque de Shah Abbas II.

Les fondations de ce pont, à l’est, ont été construites dans le sens de l’écoulement de l’eau et en forme de triangle afin de neutraliser la force destructrice de l’eau. On retrouve d’ailleurs cette forme triangulaire dans les colonnes en pierre des arcs, mais à l’est et à la sortie de l’eau, les bases sont des escaliers. Etre assis sur ces escaliers en écoutant le bruit de l’eau est devenu maintenant le symbole de la ville d’Ispahan. Deux lions en pierre, apportés d’autres quartiers, se trouvent dans cet angle dans les parties nord et sud.

Parmi les ponts construits dans d’autres villes et dont nous avons précédemment parlé, nous pouvons citer le pont-digue Amir dans la province du Fars et celui de Pol-e Dokhtar ou pont de Ghaflankouhe, situé à Meyaneh, dans la province de l’Azerbaïdjan oriental. Le pont-digue Amir situé à 35-40 kilomètres au nord de Chiraz, est l’une des plus importantes constructions des premiers siècles islamiques. Certes, selon les témoignages, cette digue aurait été construite à l’époque achéménide et restaurée au 10e siècle par Azad-ol-Dolé, un roi élamite, c’est pourquoi elle est également appelée la digue d’Azadi. La digue Amir est une structure polyvalente, utilisée en même temps comme pont pour traverser la rivière, et comme lieu de stockage d’eau permettant d’irriguer les terres agricoles et de faire tourner les moulins.

Le Pol-e Dokhtar de Meyaneh a été construit sur le chemin entre cette ville et Zanjan, sur la rivière Ghezele Ozan. Malheureusement, l’épigraphe concernant la première construction du pont est illisible, mais d’après les recherches d’un iranologue, l’histoire de la construction du pont peut être attribuée à l’époque des Timourides au 14ème siècle.

Le Pol-e Dokhtar comprend trois grandes ouvertures voûtées, parmi lesquelles se trouvent de plus petites ouvertures et des espaces vides, dont nous donnerons la raison d’être plus tard. Ce pont est long de 120 mètres et large de 11 mètres avec un passage intermédiaire pavé. Des barrières ont été construites au début et à la fin de ce pont afin d’indiquer le chemin aux voyageurs et aux caravanes.

Cet ouvrage d’art a été restauré à différentes périodes comme celle des Qadjar et des Pahlavi, mais le mouvement démocrate pour l’indépendance de l’Azerbaïdjan le fit exploser en 1946 pour empêcher l’avance des forces gouvernementales, ce qui a détruit la plus grande ouverture intermédiaire.

Les méthodes de construction des ponts et des barrages en Iran

La fermeté du lit de la rivière, la stabilité de son trajet et la force de l’écoulement de l’eau sont les plus importants points à considérer lors de la construction de ponts. Les architectes iraniens choisissaient généralement les saisons sèches pour construire les ponts et ils contrôlaient l’écoulement de l’eau du cours d’eau au cours des travaux en creusant des canaux de dérivation. Les rochers naturels du lit de la rivière étaient choisis pour construire les fondations du pont pour les rendre plus sûres.

Dans les lieux où les rives de la rivière étaient sédimentaires, on les recouvrait avec de grandes pierres pour lutter contre l’écoulement permanent de l’eau et les mouvements des sédiments pouvant provoquer la destruction du pont. Après avoir choisi l’emplacement favorable à l’édification du pont, la construction des bases était la phase suivante. Les appuis étaient souvent construits de façon triangulaire ou circulaire face au courant et aux endroits où l’eau rencontrait le pont afin de briser la force destructrice de l’eau. Situées verticalement à chaque extrémité du pont, les culées étaient plus longues que la largeur du pont, ce qui créait davantage de résistance.

Des pierres taillées, des brocailles et du mortier sarooj sont les matériaux utilisés pour la construction des fondations. En fait, les architectes iraniens utilisaient beaucoup le sarooj en raison de sa grande résistance à la température, à l’humidité et au passage du temps. Ce mortier était un mélange de chaux, de cendres et d’eau et dans certains cas, d’huile d’olive ou même d’une certaine quantité d’œufs pour augmenter sa résistance. La façon de construire les fondations sur les rives de la rivière dépendait de la forme et de la situation des bords. Si le sol était rocheux, une partie de la base était enserrée dans une partie de pierre taillée au long de la rivière. De plus, si la rivière était prête à déborder à cet endroit, un mur et un brise-lames étaient construits afin d’empêcher la fragilisation des rives. Le nombre et les dimensions des culées et des piles, ainsi que la dimension des arcades dépendaient de la largeur de la rivière, de la vitesse d’écoulement de l’eau et de la composition du lit.

Les architectes iraniens choisissaient généralement les saisons sèches pour construire les ponts et ils contrôlaient l’écoulement de l’eau du cours d’eau au cours des travaux en creusant des canaux de dérivation. En fait, les architectes iraniens utilisaient beaucoup le sarooj en raison de sa grande résistance à la température, à l’humidité et au passage du temps. Ce mortier était un mélange de chaux, de cendres et d’eau et dans certains cas, d’huile d’olive ou même d’une certaine quantité d’œufs pour augmenter sa résistance.

Ensuite, les arcs étaient construits avec des briques, des pierres taillées ou un mortier de plâtre. A l’époque des Sassanides, les arcs étaient plein-cintre, construits de façon circulaire ou semi-ovale, alors qu’à l’époque islamique c’était des arcs brisés en lancette (portions de cercles se coupant et formant un angle curviligne plus ou moins aigu), même si des arcs plein-cintre pouvaient être construits à cette période aussi.

La dimension des courbes était en rapport direct avec la distance entre les piles. La résistance des arcs en lancette est plus importante que celle des arcs en plein-cintre. Avant de remplir les murs avec le mortier ou la pierre, on ménageait de plus petites entrées ou des lieux vides sur les bases entre les arcades principales afin d’économiser les matériaux et de diminuer la pression sur les arcs surtout dans le cas de rivières sujettes aux crues. Des passages intermédiaires étaient souvent pavés et des abris d’une hauteur de 60 à 70 centimètres étaient construits en brique et en pierre sur les côtés pour protéger les passants et les animaux domestiques.

Les barrages iraniens se répartissaient déjà entre barrages-poids, barrages-voûtes et barrages-digues. Dans le cas des barrages-poids, pour contenir la pression horizontale de l’eau s’exerçant sur le barrags, on le construisait de grandes dimensions afin que la force verticale du poids du barrage lui-même puisse neutraliser les forces horizontales.

La plupart des barrages de l’Iran, entre autres la digue Amir sont construits de cette manière. Les barrages-voûtes sont dénommés ainsi en raison de leur forme arquée afin que la force sur les murs soit reportée sur les montagnes voisines. Ce type de barrage se trouve seulement dans les vallées. Contrairement à la croyance générale, ce sont les Iraniens et non les Grecs ou les Romains qui ont inventé et construit les premiers barrages-voûtes.

Les barrages-digues ont des murs de petite dimension, stabilisés sur la longueur par différentes formes de base. Le barrage de Fariman, situé à 90 kilomètres au sud-est de Mashhad sur la rivière Fariman, en est un exemple. Des bases pyramidales qui renforcent davantage ce barrage se trouvent au centre. Certains sont d’avis que ces bases n’ont pas été bâties lors de sa construction, mais ajoutées lors de sa restauration pour le rendre plus solide.

Les points à étudier pour construire un barrage sont les suivants : la nature du sol du lit de la rivière, l’accès aux matériaux nécessaires et les possibilités de dérivation de l’eau etc… Une des méthodes pour faciliter le déroulement du travail, consiste à creuser un canal déviant ou barrant l’écoulement de la rivière afin que l’eau soit stockée dans un autre lieu. Un autre procédé réside dans le fait de choisir les saisons sèches, quand le niveau des rivières saisonnières est le plus bas, pour construire le barrage. Comme nous l’avons précédemment dit, la composition du lit de la rivière est un point très important, si ce sont des pierres, celles-ci doivent être solides et stables afin d’assurer la pérennité du pont au fil du temps. Dans le cas de lits sédimentaires et en mouvement, une surface solide de brique est créée pour construire le barrage par-dessus.

Etant donné qu’il est nécessaire de disposer d’une grande quantité de matériaux lors de la construction d’un barrage et que, dans le passé, il pouvait y avoir des difficultés pour les transporter, les matériaux locaux ou de la même région étaient souvent utilisés. Il s’agissait la plupart du temps de pierres, de briques et de mortier sarooj. La partie externe des ouvrages était en pierres ou en brique et l’intérieur était rempli de sarooj et de blocaille jusqu’à la crête du barrage. Dans les barrages de l’époque achéménide ou sassanide, les morceaux de pierre des murs des barrages étaient liés par des filets en métal. Comme nous l’avons déjà expliqué pour la construction des ponts, la grande résistance à l’humidité est la raison principale pour laquelle le sarooj est utilisé.

Les barrages iraniens se répartissaient déjà entre barrage-poids, barrages-voûtes et barrages-digues. Etant donné qu’il est nécessaire de disposer d’une grande quantité de matériaux lors de la construction d’un barrage et que, dans le passé, il pouvait y avoir des difficultés pour les transporter, les matériaux locaux ou de la même région étaient souvent utilisés.

Le drainage du barrage se faisait de différentes manières. Dans les barrages les moins hauts, comme la digue Amir et celle de Shushtar, en débordant de la crête du barrage et par les entrées du pont, le surplus d’eau était évacué vers le bas, puis conduit par des canaux creusés vers les lieux choisis. Mais pour empêcher les dommages éventuels dus à la poussée permanente de l’eau sur les fondations du barrage à long terme, une ou plusieurs tours de drainage étaient construites aux alentours. Ces tours avaient des trous horizontaux auxquels le gardien du barrage pouvait accéder par un escalier en colimaçon situé à côté. Il les ouvrait ou les fermait selon les circonstances.

La construction de ponts et de barrages à l’époque contemporaine

Il n’y a pas eu d’importantes constructions hydrauliques à l’époque qadjar, mais la plupart des anciens ponts et barrages ont été restaurés, entre autres la digue Mizan et celle de Chadravane. La digue Mizan étant hors d’état de remplir son rôle dès l’époque de Nader Shah, les gens de Shuchtar furent confrontés au manque d’eau. Elle fut restaurée en 3 ans sous l’ordre du fils de Fath Ali Shah. Au milieu de son règne, Nasser-e Din Shah attachait une grande importance au développement du Khuzestan, il fit donc restaurer la digue de Chadravane.

Après qu’il eut fondé la dynastie Pahlavi en 1926, Reza Shah entreprit de lancer de grands travaux pour développer le pays. C’est ainsi que démarra la construction du Chemin de fer national. Situé dans le village de Veresk dans la province du Mazandéran, le pont Veresk est l’un des ouvrages réalisés lors de la construction du chemin de fer. Ce pont a facilité le passage du train de Téhéran vers le nord, en passant par des endroits infranchissables. D’une hauteur de 110 mètres au-dessus de la vallée et avec des arcades sur 66 mètres de long, le pont Veresk a été construit par une entreprise danoise. Le point surprenant, c’est qu’il n’y a aucun métal dans sa structure, il a été construit avec du ciment, du sable lavé et des briques en 2 ans et il a été utilisé à partir de 1936.

Quand la construction du pont fut achevée, Reza Shah ordonna à l’ingénieur autrichien, concepteur du pont, de se mettre sous le pont avec sa famille lorsque le premier train passerait au-dessus, afin qu’il soit sûr de la qualité de son travail, ce qu’il fit. Même maintenant, après des décennies, plusieurs trains passent encore quotidiennement sur le pont Veresk. Sur la liste des œuvres nationales de l’Iran depuis 1975, ce pont a été enregistré dans le livre de records Guinness comme l’un des ponts longs de plus de 61 mètres. Au cours de la deuxième Guerre mondiale, le pont Veresk aida beaucoup l’Union Soviétique assiégée par le Reich allemand, c’est pourquoi il fut alors connu sous le nom de pont de la victoire.

Sous le règne de Mohammad Reza Shah Pahlavi, de nombreux barrages modernes ont été construits dans le but de contrôler les inondations, d’arroser les terres agricoles, de procurer de l’eau potable et de produire de l’électricité grâce à l’énergie hydraulique. Nous pouvons entre autres citer les barrages de Karkheh, de Karaj, les barrages sur la rivière Karoun etc…

D’une hauteur de 127 mètres et avec une crête de 3 030 mètres de long, le barrage de Karkheh est le plus grand barrage d’Iran. Il a été construit à 21 kilomètres au nord-ouest d’Andimechk, au nord de la province du Khuzestan. Les études concernant sa construction ont commencé en 1956, mais les opérations de construction proprement dites ont démarré en 1991 après la Révolution islamique de 1979 et ses centrales électriques ont été utilisées de 2002 à 2005. C’est l’un des barrages en remblai de l’Iran. La construction de ces barrages était courante jadis, mais le manque de connaissances concernant la mécanique des sols faisait que ces barrages étaient d’une hauteur limitée. Actuellement, grâce aux progrès technologiques, les plus hauts barrages du monde sont construits selon cette technique du remblai.

Construit à 23 kilomètres au nord-est d’Andimeshk sur la rivière Dez, deuxième grand cours d’eau d’Iran, le barrage Dez est le premier barrage polyvalent de ce pays. Sa construction commença en 1960 et il fut mis en service en 1963. C’est un barrage-voûte à double courbure, c’est-à-dire qu’il est arqué à la fois sur le plan vertical et sur le plan horizontal. L’avantage de ce type de barrage réside dans le fait qu’il nécessite l’utilisation de moins de matériaux que pour la construction d’un barrage-voûte simple, mais il suppose davantage de connaissances et de savoir-faire.

Etant donné l’augmentation de la population de Téhéran, des barrages ont été construits dans la banlieue de Téhéran afin de procurer l’eau potable et l’électricité à cette grande ville. L’un de ces barrages est celui de Karaj ou Amir Kabir, situé au nord-ouest de Téhéran, au nord de Karaj, sur la rivière du même nom. Sa construction commença en 1957 et il fut utilisé en 1961. Sa hauteur est de 180 mètres avec une largeur de 30 mètres à la base et de 9 mètres à la crête. Ce barrage-voûte à double courbure en béton est un barrage polyvalent qui procure annuellement 340 000 000 mètres cubes d’eau potable à Téhéran. Le lac créé derrière le barrage est actuellement un lieu de loisir pour faire du bateau, pêcher et la pisciculture y est pratiquée.

Construit en 1963 et mis en service en 1967, le barrage de Latyan est l’un des autres barrages situés aux alentours de Téhéran. Il a été construit au nord-est de la ville, sur la rivière Jajroud. Sa hauteur est de 107 mètres et la longueur de sa crête est de 450 mètres.

Comme nous l’avons précédemment dit, la rivière Karoun est le cours d’eau le plus long d’Iran et son débit est abondant, ce qui explique que des ponts et des digues aient été construits depuis très longtemps. Plusieurs barrages ont été édifiés sur cette rivière à l’époque contemporaine.

Des études pour la construction des barrages Karoun 1, 2, 3 et 4 ont été faites pendant la décennie 60 et une entreprise américaine commença la construction du barrage Karoun 1 en 1965 qui fut mis en service à partir de 1975. Appelé barrage de Shahid Abbaspour après la Révolution islamique, Karoun 1 est de type barrage-voûte à double courbure. En béton, sa hauteur est de 188 mètres et la longueur de sa crête de 385 mètres. Il a résisté à de violents tremblements de terre et même à des missiles balistiques lancés au cours des 8 ans de la guerre de l’Iraq contre l’Iran.

A partir de 1979, des entreprises iraniennes et étrangères menèrent beaucoup d’études en vue de la construction du barrage Karoun 3 pour finalement aboutir à l’ouverture du chantier. En 2004, le barrage de Karoun 3 fut finalement achevé, c’est le plus haut barrage en béton d’Iran. Le barrage de Karoun 4 fut inauguré en 2011 et celui de Karoun 2 est actuellement en phase de construction. Hormis Karoun 4, situé dans la province de Tchaharmahal-Bakhtiari, les trois autres barrages sont dans la province du Khuzestan.

Les problèmes de circulation à Téhéran, ville la plus peuplée d’Iran, constituent, peut-être, la plus importante préoccupation de ses responsables. La construction de nombreux ponts, petits et grands, au-dessus des autoroutes de cette métropole est l’une des solutions prévues. Citons entre autres l’un des 6 ponts permettant de franchir les autoroutes de Cheikh Fazlolah et de Jenah qui se croisent à niveau à cet endroit et qui fut aménagé en 2013. En plus le pont Sadr, à plusieurs étages, est en train d’être construit afin de faciliter l’accès rapide des voitures de l’est à l’ouest de Téhéran. Nous pouvons également citer les ponts de Seyed Khandane, d’Hafiz, le pont à haubans visible de la tour de Milad etc…

Actuellement, le pont Tabiat est la structure de communication la plus moderne et la plus remarquable de Téhéran et même d’Iran. Il s’agit d’un pont piétonnier à trois étages, joignant les deux parcs de Taleghani à l’est et d’Ab-o-Atash à l’ouest de la ville. Il est situé dans le quartier Abbas Abad, lieu de convergence des plus importants moyens de communication de Téhéran tels que les autoroutes de Modarres et d’Hemate. En 2009, Leila Araghian, jeune architecte iranienne, présenta le plan du pont Tabiat.

Contrairement à ce qu’elle pensait, son projet fut choisi. Née en 1983, elle gagna l’un des plus importants prix mondiaux d’architecture au concours A+ pour son projet. D’une longueur de 300 mètres, d’une largeur variant entre 6 et 13 mètres et une superficie de 7000 m2, ce pont métallique est le plus grand pont piétonnier d’Iran, il a été ouvert en 2014.

L’une de ses autres caractéristiques est son éco-convivialité, mais il faut noter également sa résistance aux violents séismes. Le pont Tabiat n’a pas un tracé direct, il comporte des courbes afin de masquer la fin du trajet, car Leila est d’avis que le pont n’est pas seulement fait pour passer, mais qu’il peut être aussi un lieu pour flâner et s’arrêter.

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Rédacteur

Golrokh Bayat Maku

Etudiante en français, responsable administrative

Poupak Shirvani Mahdavi
Traductrice

Poupak Shirvani Mahdavi

Titulaire d'un master de français

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