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La fête de Norouz

Résumé

Norouz est la plus grande fête nationale des Iraniens, elle célèbre le réveil de la nature et le renouvellement de la vie. Elle rappelle la liberté de l’homme face aux ténèbres, au froid et à la tyrannie. Etant donné que cette fête a des racines profondes dans l’histoire et la culture de la Perse, il ne s’agit aucunement d’une fête artificielle, plaquée pour une raison quelconque, ni d’une célébration politique imposée, en effet elle existe depuis des temps immémoriaux jusqu’à nos jours. Elle est fêtée par tout le monde, c’est le jour de la gaieté générale, sur la terre comme au ciel, de la renaissance et de l’épanouissement. La nature s’éveille, ce qui est très excitant. Norouz rappelle les liens profonds entre l’homme et la nature. Le temps qui passe n’a, en aucune façon, amoindri la splendeur des traditions de Norouz. La permanence de cette fête et le respect des coutumes s’y rapportant prouve le profond attachement des Iraniens à cette tradition et son ancrage au plus profond de la mentalité de ce pays.

 

 

Norouz: La vie dans la joie et la gaieté

Dans la Perse antique, on pensait qu’il y avait deux essences et deux esprits depuis le début de la création du monde : la bonne pensée, celle de la bienveillance et la mauvaise pensée, celle de la malveillance. On considérait que l’homme était libre de choisir entre ces deux voies, ce qui déterminait sa fin de vie, bonne ou mauvaise.

Croyant en un Dieu unique, l’homme avait le devoir de lutter contre la corruption et le mal d’origine diabolique et d’instaurer un monde plein de bonté et de lumière. L’homme qui essayait de créer un monde meilleur et qui respectait ces principes moraux, s’assurait pour l’au-delà la vie éternelle dans la joie et la gaité.

Pour les Perses, la joie, la gaité et la vitalité étaient des sentiments qui concernaient la bonne pensée, en revanche, la tristesse et le chagrin étaient inspirés par le diable. Par conséquent, la gaieté et la joie étaient saintes et les sentiments reliés au deuil étaient considérés comme des péchés.

C’est pourquoi, pendant toute leur vie et très souvent durant l’année, les Perses organisaient des fêtes et donnaient libre cours à la joie et à l’exubérance.

Qu’est-ce qu’une fête ?

Ce mot fête se réfère à la fois à l’idée de louange et à celle de culte. Dans l’Iran antique, le but de la cérémonie était de rassembler les gens, de créer de l’amitié et de renforcer les liens et la solidarité entre eux. La tradition du début de la fête consistait à chanter des hymnes pour les âmes défuntes et à remercier Dieu pour ses bienfaits. Ensuite, ils manifestaient leur joie et consommaient des gâteaux, des boissons, des fruits et divers aliments. La cérémonie et ce qu’ils mangeaient était sacré pour eux.

Comme nous l’avons déjà dit, la joie était céleste et divine pour les Iraniens, de sorte que la fête permettait à la fois chanter les louanges de Dieu et de le remercier. Ces cérémonies étaient nombreuses dans l’Iran antique, mais la fête de Norouz était la plus importante sans conteste.

Norouz : nouveau jour, nouvelle année, nouvelle vie

Norouz qui signifie « nouveau jour » est un mot à double sens. C’est le premier jour du printemps et le début de l’année pour les Iraniens. C’est le symbole de la nature qui s’éveille au printemps et de l’équilibre qui en découle pour l’homme. C’est le moment de la renaissance de la nature qui était en léthargie, comme morte, c’est la vie qui sort du néant.

C’est une célébration pour remercier Dieu de ce réveil de la nature grâce au soleil et à la chaleur, après le silence et l’immobilité de la nature, l’extrême froidure et la sécheresse de la terre.  C’est aussi, grâce à l’énergie et à la vitalité retrouvées par les êtres humains, une incitation à commencer également une nouvelle vie comme le fait la nature. C’est ainsi que Norouz est considéré comme un nouveau jour, une nouvelle année et une nouvelle vie pour les Iraniens.

Mais cette résurrection de la vie dans la nature n’est qu’une partie de la signification de cette fête. Norouz est un mot issu de l’histoire la plus ancienne de l’Iran et de ses mythes datant de plus de 6000 ans. Mais parmi ces mythes, Norouz est plus spécialement lié à Jamshid.

Qui était Jamshid ?

Jamshid est l’un des rois mythiques de Perse dont le nom est plus que tout autre lié à Norouz. Le nom Jamshid est composé de deux termes : Jam qui signifie à la fois pur et grand roi et Shid qui veut dire soleil. En fait, son vrai nom était Jam et ce fut après son règne que les gens le nommèrent Jamshid. Sous son règne, la Perse était très prospère et brillante. De nombreuses villes avec des écoles et des bains furent construites. Les Perses firent, pour la première fois, de la poterie, ils construisirent des bateaux et voyagèrent sur les mers. Ils répandirent les techniques de l’orfèvrerie, ils testèrent la fabrication du vin et découvrirent de nombreuses autres marques de la civilisation durant son règne. Mais quel était le rapport entre Jam et Norouz ?

Le Norouz de Jamshid

Avant que Jam ne devienne roi, le diable et ses forces maléfiques appelées démons, avaient dominé l’Iran. Le règne des démons était caractérisé par des maux tels que le froid, les ténèbres, l’ignorance, la violence et la tyrannie. Ils volaient les richesses des gens et pratiquaient la corruption. Les gens étaient ignorants et le pays était plongé dans la perversion. Il n’y avait aucun espoir de bonheur pour l’Iran et ses habitants jusqu’à ce que Jam apparaisse.

Comme le dit son nom, malgré tous les vices et les transgressions, Jam était resté un homme pur qui continuait à croire en Ahura Mazda et n’avait pas perdu l’espoir de voir son pays et ses habitants heureux. Dieu le chargea finalement de lutter contre le diable et les démons afin de libérer les hommes.

Jam plongea dans les ténèbres pour vaincre les démons. Il lutta courageusement et sans relâche pendant de longues années contre les forces diaboliques et finalement, il les domina grâce à Dieu et il réussit à ce que les démons soient à son service.

La victoire de Jam fut un véritable rayon de soleil pour l’Iran qui vit ainsi la fin du froid et de l’obscurité. La défaite des démons interrompit la domination de l’ignorance et de la violence.

Jam commença victorieusement son règne, il construisit un grand trône d’or, le posa sur le dos des démons et s’y installa. Il obligea ses captifs, qui portaient alors son trône, à voler vers le soleil afin de célébrer le début de son règne, jour de la libération de l’Iran du diable.

Son beau et splendide visage brillait tel le soleil pour les Iraniens, on aurait dit qu’il y avait deux soleils à ce moment-là dans le ciel. C’est pourquoi il fut nommé Jamshid, noble roi pur du soleil.

On était le premier « Farvardine », c’est-à-dire le premier jour du printemps. Les Iraniens appelèrent ce jour qui était le commencement d’une nouvelle vie pour eux et leur pays Norouz.

A partir de cette époque, les Iraniens ont toujours ravivé le souvenir de Norouz et l’ont, chaque année, célébré avec un amour éternel afin de commémorer le début d’une nouvelle vie et leur libération.

La remémoration de Norouz

Norouz est devenu la fête nationale des Iraniens depuis l’époque des Achéménides (550-330 avant J.C.). Comme le commun des mortels, les rois essayaient de célébrer de plus en plus fastueusement cette fête. Les festivités duraient plusieurs jours, parfois même plus d’un mois. En jouant de la musique, des groupes annonçaient la bonne nouvelle selon laquelle Norouz approchait.

A l’époque des Achéménides, Norouz qui correspondait à une fête temporaire, attacha aussi son nom à un lieu symbolique. Pour célébrer cette grande fête nationale, les rois achéménides construisirent un immense lieu de fête : Persépolis.

Capitale cérémoniale de l’Empire achéménide, Persépolis était un lieu pour commémorer l’équinoxe du printemps et organiser les cérémonies traditionnelles de Norouz. Des habitants de tout l’Iran y apportaient tout ce qui était nécessaire à la fête afin de danser et de joyeusement célébrer Norouz en présence des rois. Etant donné que c’était à la fois la fête nationale et une cérémonie sainte, chacun, du roi aux gens ordinaires, devait assumer les frais.

Durant cette joyeuse fête, il était d’usage que les personnes et le roi échangent des présents. Les gens offraient leurs productions comme des fruits et différentes sortes d’aliments, des chevaux, des moutons et des béliers au monarque. De son côté, le roi frappait de nouvelles monnaies d’or au début de Norouz et les offrait comme présents. Ces images de Norouz gravées sur les épigraphes de Persépolis semblent si vivantes et proches de nous que l’on a l’impression que ce sont les cérémonies actuelles qui sont représentées, alors qu’elles ont eu lieu il y a 25 siècles.

Bien que les cérémonies de Norouz n’aient plus été organisées à Persépolis après la chute des Achéménides et l’anéantissement de ce lieu saint qu’était Persépolis, les Iraniens étaient tellement attachés à cette fête sacrée et au mythe de Jamshid qu’ils ont continué à la commémorer et à considérer Persépolis comme un lieu dédié à Jamshid.

Persépolis fut anéanti, mais les Iraniens n’ont jamais oublié Norouz et l’ont célébré à toutes les époques : de l’époque antique à l’apparition de l’Islam et même jusqu’à aujourd’hui.

Norouz avant l’apparition de l’Islam en Iran

Norouz qui était la manifestation de la fierté nationale et de l’importance des bonnes pensées pour les Iraniens, n’a pas disparu, bien au contraire. La beauté et la splendeur des cérémonies n’ont fait qu’augmenter à chaque époque.

Les Sassanides (651 -224 après J.C.) qui avaient instauré la religion traditionnelle du zoroastrisme comme religion officielle de l’Iran, attachaient une grande importance à Norouz. Ils organisaient les cérémonies officielles durant 6 jours. Les 5 premiers jours durant lesquels chaque couche sociale : les religieux, les militaires, les nobles, les paysans et les artisans allait chez le roi et étaient appelés le petit Norouz. Le roi écoutait leurs propos et donnait des conseils pour résoudre leurs problèmes et satisfaire leurs demandes. Le sixième jour qui était particulièrement saint et respecté était appelé le grand Norouz, il coïncidait avec l’anniversaire de Zoroastre, le prophète, et la fin de la création du monde. En effet, les Iraniens pensaient que Dieu avait créé le monde en 6 jours, c’est la raison pour laquelle le roi qui recevait des visites publiques lors du petit Norouz, restait seul pour prier ou visiter ses proches le sixième jour ou grand Norouz.

Le pardon accordé aux criminels et la libération des prisonniers à l’occasion de Norouz faisaient partie des coutumes sassanides. De plus, outre les présents ordinaires de cette fête, les rois sassanides donnaient également des prix aux personnes qui avaient accompli un travail important ou obtenu un grand succès pendant l’année précédente, par exemple un général qui avait gagné une guerre ou l’agriculteur ou l’éleveur qui avaient eu de bons résultats pour le pays.

L’une des traditions intéressantes de cette époque pour démarrer la nouvelle année était de planter 12 espèces différentes de graines. Vingt-cinq jours avant Norouz, on construisait 12 cylindres d’argile dans la cour du palais dans chacun desquels une des graines telles que blé, orge, riz, lentille, fève, millet, haricot, petit-pois, sésame, haricot…etc. était plantée. Le 6ème jour de Norouz, ces graines étaient récoltées avec chanson et musique en présence du roi. Cette coutume servait en quelque sorte d’horoscope, la graine qui était la plus vigoureuse et avait le mieux poussé était celle qui donnerait la meilleure récolte l’année suivante.

A cette époque, Norouz devenait même parfois une fête officielle hors des frontières de l’Empire perse. Ardashir, le premier monarque qui vainquit Rome, ordonna que les Romains célèbrent également Norouz.

Ainsi, les fêtes de Norouz étaient-elles très respectées et organisées chaque année avec une certaine grandeur et splendeur dans tout l’Empire et parfois même hors de ses frontières, et ce jusqu’à l’attaque des Arabes musulmans contre l’Iran.

Norouz à l’époque islamique

Après l’attaque des Arabes et leur domination sur le pays, de nombreuses fêtes iraniennes ont disparu à cause de l’opposition des nouveaux gouverneurs et de la nouvelle religion. Mais contrairement à toutes les autres fêtes, Norouz n’a non seulement pas été oublié, mais au contraire, sa position a été renforcée et il est devenu la plus importante fête des Iraniens, leur fête nationale. Nous pouvons considérer que la permanence de cette fête est due au lien profond de Norouz avec les traditions iraniennes, à l’histoire de ce pays et à la mémoire culturelle des Iraniens.

De plus, les Iraniens ont peu à peu adapté leur Norouz traditionnel à la nouvelle religion, de sorte qu’il fut accepté par l’islam et en particulier le chiisme iranien.

Au début, les Arabes musulmans qui avaient constaté l’attachement des Iraniens pour Norouz avaient levé de lourds impôts pour avoir le droit de l’organiser, mais peu à peu et spécialement à partir du règne des Abbassides, leurs califes qui étaient fortement influencés par la culture iranienne, participaient eux aussi aux cérémonies de Norouz et essayaient même de les répandre.

 

Selon certains écrits de l’époque des Abbassides, les fêtes de Norouz étaient même organisées à Bagdad, la capitale de l’Empire islamique à partir du 10e siècle après J.C. A cette occasion, les gens portaient de nouveaux vêtements, se donnaient des cadeaux, cuisaient des aliments particuliers et les femmes achetaient les parfums de Norouz ; les musulmans et les non-musulmans buvaient du vin ensemble et participaient aux cérémonies.

Norouz fut de plus en plus fêté et officialisé lorsque les régions iraniennes devinrent de plus en plus autonomes. La cérémonie iranienne de Norouz qui avait pu disparaître fut à nouveau organisée avec toute sa splendeur et en respectant tous les rites dans les moindres détails et les traditions à la Cour des rois d’Iran. Ces derniers recevaient de nouveau des visites publiques durant cette fête, ils donnaient des cadeaux aux gens et les poètes composaient des poèmes de louanges et de félicitations.

Avec l’arrivée au pouvoir des Safavides, premier gouvernement iranien tout à fait indépendant, la nouvelle identité nationale de l’Iran fut ravivée. Norouz devint la grande fête nationale et les cérémonies à la Cour royale furent si importantes et fastueuses qu’elles rappelaient les Norouz antiques de la Perse. D’autre part, étant donné que les Safavides avaient déclaré le chiisme comme religion officielle de l’Iran et comme l’un des éléments constitutifs de son identité, ils ajoutèrent des éléments chiites à Norouz. Par exemple, la pratique des prières islamiques pendant Norouz se répandit à leur époque, ce qui permettait d’allier à la fois les deux aspects : national et religieux.

Ce fut à peu près à partir de cette période que Norouz devint le sujet de beaucoup d’œuvres artistiques d’artistes iraniens célèbres. Les nombreuses peintures murales et les remarquables tableaux datant de l’époque des Safavides sont une représentation concrète des cérémonies d’entrée dans la nouvelle année et des différents moments tel celui des visites publiques des rois.

Bref, les Iraniens n’ont jamais oublié Norouz, même à l’époque islamique. Par de nombreuses cérémonies et le respect des traditions, ils firent preuve de leur attachement profond à cette fête jusqu’à aujourd’hui.

Les traditions de Norouz

Les cérémonies de cette fête nationale et sainte commencent plusieurs jours avant Norouz et se poursuivent quelques jours après. Elles correspondent à différentes coutumes et traditions dont chacune est un symbole et un signe de joie, de bonté et de vie. Certaines traditions ont été oubliées pendant une longue période et d’autres ont changé. Expliquer complètement chacune de ces coutumes, nécessiterait un article séparé, mais il est cependant intéressant d’en mentionner rapidement certaines qui sont toujours respectées de nos jours chaque année.

Le nettoyage complet de la maison et des objets s’y trouvant est l’une des traditions de Norouz. Parallèlement à ce nettoyage concret, le nettoyage spirituel, c’est-à-dire la purification de l’âme et la disparition des rancunes et des zones d’ombre était très importantes à cette période. Selon cette coutume, en même temps que la décoration et le nettoyage des maisons, les Iraniens oubliaient leurs querelles et transformaient la rancune en paix et en amitié.

Ces traditions sont issues de cette croyance iranienne selon laquelle les anges fravashis viennent à la maison au moment de Norouz et s’ils constatent que la maison est bien décorée, propre et pleine de joie et d’affection, ils prient pour la bénédiction de la maison et le bonheur de la famille.

Ce grand nettoyage de la maison se fait avec l’aide de tous les membres de la famille. Avec la modernisation de la vie, on n’aperçoit plus certaines traditions comme ce nettoyage en famille dans les grandes villes, mais on peut les observer encore dans les plus petites villes et les villages qui sont restés plus traditionnels : familles qui lavent leurs tapis, leurs matelas et les couvertures au bord de la rivière, puis les suspendent au balcon ou sur le toit pour les sécher. Ces activités sont l’illustration de la tradition du nettoyage de la maison pour fêter la nouvelle année quelques jours avant Norouz.

Hadji Firouz : c’est un artiste qui noircit son visage avec du charbon et danse en jouant de la daïra ou du tambourin et chante des chansons folkloriques dans les rues. Il invite les autres à être joyeux en annonçant la bonne nouvelle de l’approche de Norouz.

Il porte des vêtements rouges qui représentent le soleil, la lumière et la chaleur, contrairement au noir, symbole du sombre et du froid.

Son visage est noir ce qui n’empêche pas son bonheur et sa joie. Il annonce la bonne nouvelle de l’arrivée de la chaleur, de la clarté et de la joie.

Des explications plus détaillées au sujet d’Hadji Firouz ont été données dans un autre article.

Allumer du feu : selon les Iraniens, le feu est un signe de lumière, de pureté, de création et finalement un symbole de Dieu. Les Iraniens pensaient que le mal, la méchanceté, le malheur et la maladie se trouvent dans les ténèbres. C’est la raison pour laquelle le diable était synonyme des ténèbres et Ahura Mazda de la lumière, donc allumer un feu était le symbole de la pénétration de la lumière, de l’énergie et de la bonté dans l’âme humaine.

La cérémonie du feu était un des moments les plus importants des fêtes aryennes qui commençaient en allumant un feu de joie. La fête Souri, aujourd’hui plutôt appelée mercredi Souri fait partie des coutumes fondamentales des cérémonies de Norouz. Etant donné que nous avons complètement étudié cette fête dans un autre article, nous la présentons brièvement ici.

Selon les anciens calendriers iraniens, chaque année comprenait 12 mois et chaque mois 30 jours. Mais étant donné qu’une année comprend 365 jours, les Iraniens de l’antiquité appelaient Pandjé ou Béhizake les 5 jours restants. Il y avait 2 séries de 5 jours (Pandjé) pour accueillir Norouz : la première série de cinq ou « Petit cinq » commençait 10 jours avant Norouz et durait 5 jours durant lesquels on nettoyait la maison et préparait de nouveaux vêtements. Le « Grand cinq » dont la plus importante coutume était la fête de Souri commençait 5 jours avant Norouz. Durant cette période, les gens préparaient des repas avec des mets spéciaux tels que le mélange montagnard composé de 7 fruits secs : pistaches, amandes, raisins secs, noix, pêches séchées, figues et dattes. Ils chantaient des mélodies spéciales et allumaient du feu sur le toit des maisons.

Selon une croyance traditionnelle des Iraniens, allumer du feu, prier et danser à côté permettait d’accompagner les anges fravashis venus à la maison lors du nettoyage de la maison pendant le petit cinq qui étaient en train de retourner au ciel, satisfaits et joyeux de la décoration de la maison, de la paix et de la joie de ses hôtes.

Aujourd’hui, les Iraniens organisent généralement cette fête le soir du dernier mercredi de l’année afin d’accueillir joyeusement Norouz en allumant plein de lumières. Les Iraniens appellent cette journée le mercredi Souri. Les gens se rassemblent dans chaque région, allument des feux, sautent par-dessus et chantent ensemble un hymne particulier. Dans ce chant spécial, les gens demandent au feu de supprimer tout le jaune, les maladies et leurs problèmes et de leur donner en échange du rouge, de la chaleur et de la force.

Porter de nouveaux vêtements : il est vrai que porter de nouveaux vêtements pendant Norouz est à l’image de la nature qui pare les arbres de verdure et donne un nouveau visage à la terre qui se couvre de végétation. Toutes ces transformations incitent les Iraniens à mettre de nouveaux vêtements avec l’arrivée du printemps.

Autrefois, comme il n’y avait pas de magasins de prêt-à-porter, les gens commandaient leurs vêtements chez les couturiers. Le temps de la confection et le travail nuit et jour des couturiers qui devait commencer plusieurs jours avant Norouz constituait l’une des difficultés que rencontraient les familles. Les nouveaux vêtements étaient souvent préparés au cours du petit cinq.

Selon une ancienne tradition, les Iraniens donnaient avant Norouz des tissus aux pauvres afin qu’ils puissent accomplir cette plaisante tradition et que tout le monde commence la nouvelle année en portant de nouveaux vêtements. Aujourd’hui, c’est également une tradition dans les familles, les quartiers et les écoles de procurer de nouveaux habits aux pauvres quelques jours avant Norouz afin que chacun, quelle que soit sa condition, puisse respecter cette coutume.

La nappe de Norouz : la nappe de Norouz, encore appelée Haft Sin (les sept S), est l’un des aspects les plus importantes des traditions de cette fête. Cette nappe est mise du premier au dernier jour de Norouz c’est-à-dire le 13 Farvardine.

Il est possible d’en voir pendant toute la durée de Norouz et dans n’importe quel endroit du pays : maisons et autres lieux privés, bureaux, hôtels et lieux publics. Ces nappes sont mises presque partout pour célébrer Norouz.

Dans l’Iran antique, la nappe de Norouz était appelée la nappe d’Haftchine. A l’époque des Sassanides, on y déposait 7 éléments dont les noms commençaient par Ch en persan : la bougie, le vin, le gâteau, le miel, le buis, la boisson et l’anémone.

Après l’apparition de l’islam en Iran et surtout à cause de l’interdiction du vin, cette nappe s’est peu à peu transformée en une autre nappe appelée Haft Sine, sur laquelle on pose 7 éléments symboliques dont tous les noms commencent par la lettre S.

La plante ou l’herbe symbolisent le lien avec la nature et la permanence de la vie, la pomme est considérée comme un fruit paradisiaque et elle est signe de santé, le soumalak cuit avec du blé est le symbole de la naissance et de la fertilité, l’argent représente l’abondance et la richesse pour la famille, l’ail protège du mal, le sumac et le vinaigre représentent l’énergie et la vitalité. Les autres éléments qui sont posés sur la nappe sont l’eau, symbole de la bénédiction et de la pureté, le miroir qui symbolise la lumière et le poisson rouge, signe de l’énergie et de la joie.

Les visites de Norouz : il est aussi d’usage de visiter d’abord les personnes les plus âgées de la famille et ensuite les proches, les amis etc. Tous les membres de la famille participent à beaucoup de ces visites qui durent du 1 au 13 Farvardine et se poursuivent parfois jusqu’au milieu de la nuit chez les proches et les amis.

Donner des cadeaux : le fait de donner et de recevoir des cadeaux à Norouz plonge ses racines dans la culture iranienne. Cette coutume qui remonte à des milliers d’années est encore en vigueur aujourd’hui.

Dans un passé lointain, les Perses se donnaient du sucre comme cadeau et se souhaitaient mutuellement d’être éternellement joyeux. D’après les livres de traditions et de coutumes de Norouz, la famille exposait sur la nappe d’Haftchine les cadeaux qu’elle avait reçus.

En 416 avant J.C., le roi achéménide Darius II frappa une monnaie spéciale en or à l’occasion de cette fête et c’est ainsi que commença l’habitude de donner de l’argent comme cadeau à Norouz. Cette tradition devint officielle à l’époque des Sassanides et elle s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

En Iran existe certes la tradition de donner des cadeaux à différentes occasions telles que l’anniversaire, le mariage, un voyage, la réussite à un examen etc… Mais les cadeaux échangés à Norouz sont plus importants. En Iran, ces derniers sont différents selon les régions et les différentes cultures locales.  Par exemple, dans les régions plus traditionnelles surtout les villages, la plupart des cadeaux de Norouz sont encore des objets tels que du tissu, du sucre etc., alors que dans les régions urbaines plus modernes, la plupart des familles préfèrent donner de l’argent.

Aujourd’hui, comme les cadeaux sont plutôt en espèces, les personnes qui vont à la banque dans les derniers jours de l’année demandent des billets neufs.

Donner des cadeaux ne se limite pas aux membres de la famille, il est d’usage d’en donner également au concierge, au personnel de maison, au balayeur du quartier, au postier …etc. C’est faire preuve de charité.

Donner des cadeaux est à la fois un signe de gentillesse et d’affection vis-à-vis des personnes surtout les plus âgées et en ce qui concerne les plus jeunes un symbole d’espoir, de bénédiction et d’abondance.

Sizdah bedar : le 13 Farvardine est le dernier jour des fêtes de Norouz. Tous les gens sortent de leur maison, vont dans la nature et y restent jusqu’au soir. Selon les mythes, les Iraniens pensent que le 13 de chaque mois appartient au dieu de la pluie, laquelle est considérée comme l’une des plus grandes manifestations de la miséricorde de Dieu. Les Iraniens de l’antiquité croyaient que ce jour-là, le dieu de la pluie appelé Tishtrya avait vaincu le démon de la sécheresse et sauvé le monde de la sécheresse et de la mort.

Ce fut probablement à partir du règne des Safavides et sous l’influence des cultures européennes que le nombre 13 fut considéré comme maléfique. Cette croyance se répandit peu à peu et c’est pourquoi le dernier jour de Norouz appelé Sizdah bedar, tout le monde sort de chez lui pour aller dans la nature, à la montagne, à la campagne, près d’une rivière ou dans le désert pour conjurer le sort et fuir les désastres pouvant survenir ce jour-là, alors que les croyances antiques des Perses au sujet de Sizdah bedar étaient exactement inverses.

Lors de cette journée, les Iraniens apportent les aliments, les noix et les gâteaux qui restent de la nappe de Norouz avec eux pour pique-niquer. A la fin de la journée, s’ils sont près d’une rivière, ils jettent les plantes ou les herbes de la nappe dans l’eau courante, espérant que la nouvelle année sera heureuse et joyeuse.

L’une des traditions particulièrement intéressante de la cérémonie de Sizdah bedar consiste à nouer des herbes. Cette coutume renvoie à un ancien mythe de l’Iran, selon lequel le mariage des enfants de Kayomars, premier couple du monde fut scellé en nouant deux branches vertes d’une plante.

Aujourd’hui, en nouant des herbes le jour de Sizdah bedar, les jeunes filles et les jeunes hommes espèrent se marier avec la personne qu’ils aiment.

Dans le calendrier officiel actuel des Iraniens, le 13 Farvardine est appelé le jour de la nature et c’est un jour férié.

Ce qui vient d’être exposé n’est qu’un pâle reflet des nombreuses coutumes et divers rites suivis encore aujourd’hui à l’occasion de Norouz.

La géographie de Norouz

Hormis l’Iran, la fête de Norouz existe aujourd’hui également dans de nombreux endroits du monde. Malgré de petites différences selon les lieux, Norouz est organisé selon le même schéma et avec la même ferveur.

Cette fête de Norouz existe en Afghanistan, au Pakistan, au Bangladesh, en Inde, au Tadjikistan, en Ouzbékistan, au Kazakhstan, au Kirghizstan, au Turkménistan, en Chine occidentale (Turkestan chinois), dans le Caucase (République d’Azerbaïdjan, Arménie et Géorgie), en Turquie, en Syrie, dans certaines zones des Balkans et d’Afrique, c’est-à-dire chez des peuples et des nations quelles que soient les races.

Norouz, hier, aujourd’hui, demain

La fête de Norouz a peut-être une durée de vie égale à celle du peuple perse, puis iranien. Cette cérémonie plonge ses racines dans l’histoire et la culture de la Perse et de l’Iran.

Au cours de son histoire longue de plusieurs milliers d’années et étant donné qu’il était situé à un carrefour, l’Iran a toujours eu, d’après les historiens, des relations et des échanges culturels avec d’autres cultures et civilisations. Il a parfois été confronté à des attaques et à des humiliations, il a même été proche du déclin complet, mais il a toujours maintenu vivants sa culture et son tempérament gai, sa joie de vivre, son amour de la paix, de la liberté et sa volonté d’avoir des pensées positives et d’agir efficacement.

Norouz, à travers ses traditions et ses coutumes, ses symboles et leur durée depuis 6 000 ans symbolise, sans conteste, cette vitalité de l’identité iranienne.

C’est sans doute pour cette raison qu’en 2010, l’Assemblée générale des Nations Unies a décidé de célébrer pour la première fois Norouz, fête au cours de laquelle l’harmonie avec la nature et avec tous les êtres humains dans le monde entier, la paix et la bonne volonté sont promus.

Norouz est dorénavant inscrit sur la Liste représentative du patrimoine immatériel de l’UNESCO.

 

Qui sont les Perses ?

Le Livre des rois de Ferdowsi et la littérature française

 

 

Poupak Shirvani Mahdavi
Traductrice

Poupak Shirvani Mahdavi

Titulaire d'un master de français

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