marie claude: de fantastiques architectures

Marie Claude 2009: de fantastiques architectures

Tours au vent ou tours à vent…, ou encore tours du silence…, temples du feu…, glacières surdimensionnées…, salles des miroirs ou palais des glaces…, caravansérails …, minarets tremblants, minarets géantissimes…

Des dénominations d’une poésie inouïe…

L’ancienne Perse abonde  en formes extravagantes …

Marie Claude 2009: Yazd et son architecture

Les tours au vent ou bâdgir, et pourquoi pas, tours des vents ont des silhouettes si variées, tantôt trapues et carrées, tantôt, sveltes, tantôt c’est un panaché de ces volumes. Tantôt beiges, tantôt ocrées, le plus souvent en briques, mais pas toujours. Des ouvertures plus ou moins larges, telles des persiennes, laissent passer le vent. Pourquoi ? Parfois fermées, ces dernières empêchent ainsi le sable de s’y engouffrer, dans les régions plus arides… Curieusement, quelques fragments de bois horizontaux surgissent de ces fenêtres bizarres… Ce sont des appuis d’échafaudage le plus souvent. A les contempler ainsi, on se croirait dans un tableau du peintre surréaliste italien De Chirico …

Mais ces élégantes sont aussi utiles. Un système de ventilation particulièrement efficace fait circuler l’air à l’intérieur des habitations

Parfois, comme à Yazd ville entre désert et lacs salés, elles sont flanquées d’un drôle de cône blanc, immense, telle une gigantesque glace à l’eau, créant ainsi un ensemble des plus hétéroclites et superbes aussi. On peut voir ce curieux assemblage dans un quartier, où de fragiles maisons de terre sont plus ou moins écroulées, dessinant peut-être des étendues de ruines, mais combien envoûtantes, dans leur parure orangée et leur relief biscornu. Le soir, ici …, tout devient fantomatique…

D’autres modelés plus discrets présentent des cornets qui s’ élèvent à peine du sol. Parfois des éraflures laissent voir leurs dessous en pisé. Des contours pus ou moins arrondis, des lignes plus pointues : toutes ces formes mystérieuses signalent pourtant la présence de citernes, parfois très profondes, dont l’eau est rafraîchie par le courant d’air crée entre les tours.

Proches ou éloignées de la route, ces étranges colonnes forment un damier disparate .

Les tours de silence

Les tours du silence ou tours circulaires à ciel ouvert, ou encore nommées dakma par les Zoroastriens (religion pré-islamique), quasiment fondues dans l’environnement alentour sont perchées sur de hautes collines en raison du rite funéraire pratiqué ici pendant des siècles.

On y montrait en effet les corps des défunts qui ne devaient entrer en contact, ni avec la terre, ni avec le feu. Les ossements abandonnés par les corneilles et autres vautours étaient jetés dans un trou circulaire au centre de la tour.

Depuis 1975, la coutume d’exposition des morts fut remplacée par une simple inhumation. Au bas des buttes où trônent encore les belles endormies, on peut toujours apercevoir, comme entre Cham et Yazd, des bâtisses où se réunissaient les croyants, le tout dans des camaïeux chocolat, avec ça et là des touches plus claires.

Le calme ici impressionne dans un tel décor désertique, avec la montagne au fond, et au premier plan ces maisons à l’aspect troglodytique, qui semblent nous observer avec leurs gros yeux bruns cernés de blanc. La présence ici de tours des vents miniatures nous désempare un peu… Mais un sentiment d’éternité nous envahit bientôt pleinement.

On part à la rencontre des temples du feu zoroastriens ou âtesgâh, non sans curiosité. Des mots évocateurs, mais ce sont la plupart du temps des constructions banales. La magie est ailleurs !

Le village Cham

Celui de Cham, village aux grenadiers rubis, renferme un autel minuscule, avec ce jour-là, pour toute offrande, une part de gâteau déposée sur une assiette, devant une flamme hésitante ! Il se trouve dans une courette, tout près d’un arbre centenaire. Mais la noblesse ici est dans ses habitants très accueillants qui nous offrent une soupe à l’orge fort goûteuse,

parmi d’autres plats, sans oublier le thé et la si délicieuse et mémorable pâtisserie légère comme la dentelle, confectionnée par des matrones dans une pièce adjacente. C’est surtout une maman qui nous régale en l’honneur d’un fils qui a survécu au tremblement de terre de Bam. Nous venions là par hasard ou presque, nous fûmes reçus comme des reines et des rois.

Le temple de Tchak-Tchak

Le temple de Tchak-Tchak quant à lui se dresse sur une falaise escarpée. Il est déjà plus surprenant et plus sauvage aussi. Ici le feu sacré brûle ici dit-on depuis 150 ans. De joyeuses familles viennent s’y recueillir et pique-niquer, dans une ambiance bon enfant, dans des sortes d’abris soutenus par des poteaux vert pâle creusés à même la roche. Une teinte émeraude omniprésente ici, les arbres y compris, mêlé au sable des rochers. Ces adorateurs du feu, femmes avenantes, voilées

de noir, hommes en chemisettes, enfants rieurs, encouragent vivement nos velléités de photographe en herbe.

A Yazd, l’édifice est moderne et vaste. Il abrite aussi un musée. Le feu transféré ici vers 1940, brûlerait depuis 1500 ans. On l’aperçoit à travers une vitre. Il attire des curieux, croyants ou non, quelques touristes aussi. On remarque sur le monument

au-dessus de l’entrée, tout en faïences bleues et jaunes, le symbole du dieu Ahura Mazda, qui reprend l’ancien motif achéménide…

Pus loin, sur le chemin d’Abarqu, on admire une formidable et pourtant délicate tour de Babel mordorée faite de briques crues à l’intérieur et de briques cuites à l’extérieur, nommée glacière.

En effet, autrefois, on y refroidissait l’eau de la montagne proche amenée dans des qanât , des canaux souterrains. En y pénétrant, installé avec précaution sur le pourtour, on découvre, impressionné, un précipice semble-t-il insondable…

Chiraz

Autour, des maisons en torchis brunâtres, plus ou moins détériorées. Sont-elles définitivement délaissées ?…

Ses sosies sont nombreux aussi, qui vont du gâteau crémeux à des profils plus géométriques.

Dans les palais Quâdjâr comme à Chiraz, les salles des miroirs majestueuses nous font penser à celles plus humbles certes

des fêtes foraines de notre enfance, où l’on aimait se perdre, attiré et apeuré à la fois.

Nous les contemplons dans la maison Bâgh-e Narajestân ou jardin des orangers, de style dit européen, car on peut y voir entre autres, des figures d’Européens peintes.

Tout se reflète ici, plafonds, fenêtres, portes. Dédoublement des vitres, chatoiement à l’infini. Miroirs ciselés avec stuc.

Tout est vaporeux ici, d’un gris laiteux. Pierreries translucides. Mais parfois aussi avec des reflets gorge-de-pigeon. Avec parfois aussi le long d’une porte si diaphane, presque invisible… une guirlande florale rose et bleue. Mais qu’y a t-il derrière ?

On se souvient alors du film fascinant de Jean Cocteau : « Orphée » , quand Jean Marais traverse miraculeusement une paroi de verre, qui peu à peu ondule en vagues successives,rapetissant peu à peu jusqu’à sa disparition complète. Alors au-delà, apparaissait un autre monde très sombre, immobile et plutôt effrayant. Celui des rêves ordinaires

Ou celui des cauchemars ?

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