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DE LA PERSE A L’IRAN, tout un voyage en poème..

DE LA PERSE A L’IRAN

 

LA ZIGGOURAT DE CHOQÂ-ZANBIL

 

STANCES AU VOYAGEUR

 

Voyageur, toi qui liras ces signes,

Sache que je suis Untashkal,

Le roi de ce pays de sable et de terre.

J’ai édifié ce temple pour mon dieu Humban :

Celui qui veille sur mon peuple, sur mon palais et sur moi-même.

Il m’a envoyé ses bienfaits par Napikiri et par Kirishina.

Pour eux, j’ai sacrifié le bœuf et le mouton.

Leur sang a abreuvé la terre,

Et la terre donnera à mon peuple, les céréales et l’herbe du troupeau.

 

Voyageur, toi qui as vaincu les dunes, le vent et le soleil pour venir jusqu’à moi,

Passe la première muraille et présente-toi à mes gardes.

Ils te conduiront devant le grand escalier.

Tu t’inclineras devant moi et devant la reine,

Puis, immobile, les poings sur tes hanches,

Tu écouteras mes paroles : ce sont celles de Humban, notre dieu.

 

Voyageur, le sang du bœuf sacrifié t’accompagnera au long de ton périple.

Dans mon palais, tu boiras l’eau purifiée,

Tu goûteras les dattes de mon verger et tu reprendras ta marche.

Le rythme de tes pas marquera le silence,

Et quand tu sentiras en toi faiblir ton cœur,

Tu te coucheras sur la colline en attendant la mort.

Sois serein, elle viendra et Humban t’accueillera.

 

Voyageur, sois heureux dans le palais de Untashkal.

 

 

A YAZD

 

Certes, ta montagne est rude mais elle accueille l’eau,

La conserve pour toi.

Lui, creuse les qanaats (1)qui recueillent une à une,

Les gouttes de pluie et de source,

Les conduit jusqu’à toi dans les flancs de la terre.

 

Alors, le mûrier offre ses baies, les grenadiers ses fleurs et ses balles écarlates,

La pastèque enfle son ventre vert qu’il rougit d’un couteau acéré.

Il s’est installé là, dans la poussière et, sans relâche,

Il a pétri la terre et l’eau, modelé les briques et les murs de pisé.

De ses mains fatiguées, il t’a façonnée, caressée

Et tu lui as donné des maisons comme naissent les enfants.

 

Il cueille tes oranges, tes tomates et tes dattes,

Il marche dans l’ombre de tes murs d’ocre,

Il écoute le vent chanter la fraîcheur dans tes tours(2),

Il vieillit avec toi et pleure tes quartiers abandonnés.

Il entre dans l’iwan(3) pour calmer son angoisse,

Son front baise la terre.

 

Il sait qu’il va mourir et déjà, il s’apprête

A grimper tout en haut de la tour du silence(4),

Attendre le vautour

Et garder dans son regard crevé,

La caresse de tes murs poudrés.

 

  • qanaat : canal souterrain de circulation d’eau.
  • tours du vent : hautes tours de ventilation destinées à rafraîchir les maisons.
  • Iwan : voûte de mosquée qui abrite une salle de prière
  • Tour du silence : les Zoroastriens exposaient leurs morts en haut de ces tours pour que les vautours les dévorent. Cette pratique est maintenant abandonnée.

 

CHIRAZ

 

Chiraz, ma bien-aimée,

Ce soir, dans le jardin, le vent t’a décoiffée.

Sous ton voile, tes cheveux aux couleurs de henné

Sont rebelles à tes mains et enflamment mon cœur.

 

Chiraz, ma bien-aimée,

Le parfum lancinant de tes fleurs d’oranger,

Les pétales satinés de tes roses safranées,

Le goût amer du thé et de tes narguilés

M’entêtent et me plongent dans la volupté.

 

Chiraz, ma bien-aimée,

Tes multiples reflets dans tes miroirs brisés

Masquent l’image de ta jeunesse révoltée

Dans l’attente espérée des jours de liberté.

 

Chiraz ma parfumée

Chiraz ma bien-aimée

Chiraz ma révoltée.

 

ISPAHAN

 

Pour toi qui n’es jamais venu à Ispahan,

Je saurai te faire voir tous les bleus des iwans(1),

Pour toi, des escaliers, je compterai les marches,

Je te dessinerai le pont des trente-trois arches.

 

 

Pour toi qui n’es jamais venu à Ispahan,

Des roses, je répandrai le parfum dans le vent,

Et j’irai déguster la sauce à la grenade,

Branler le minaret(2), j’en ferai ma bravade.

 

 

Et quand viendra le soir, sur la Place Royale,

Sous le jet des eaux bleues qui me feront des larmes,

Pour te dire la beauté, l’harmonie et le charme,

Vers toi s’envolera le murmure de mon âme,

 

Vers toi qui ne viendras jamais à Ispahan.

 

 

 

 

  • Iwan : voûte de mosquée qui abrite une salle de prière.
  • Les minarets branlants : quand on secoue l’un des deux minarets, l’autre oscille.

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