La Démocratie et la constitution en IRAN entre 1906-1909

 

Des efforts vers le progrès

 

Les changements territoriaux en Perse/ Iran depuis 19 siècle

 

La démocratie et la constitution: deux termes qui font le sujet de débat entre plusieurs chercheurs en histoire contemporaine  d’Iran. Bien que certains chercheurs soient d’avis que la révolution de 1906 ne cherchait ni la démocratie ni la constitution  forcément  et elle  ne présentait pas toutes les caractéristiques d’une révolution, les effets s’en font sentir encore actuellement et les préoccupations d’alors sont toujours d’actualité dans la société iranienne. Ses racines sont à rechercher à l’époque où les Iraniens furent confrontés à la violence de l’Occident via l’empire tsariste. Lorsque les bombardements russes aboutirent aux modifications des frontières de l’Iran actées dans les traités de Golestan (1813) et de Turkmanchai (1820), les Iraniens se demandèrent pourquoi ils étaient à la traîne.

Abbas Mirzam le prince Qadjar et le commandant de l’armée

 

La bataille Turkmentchai entre la Perse  et l’empire Russe

 

En tant que représentants iraniens, Abbas Mirza le régent, Fathali Shah, prince héritier et son ministre MirzaIssa, essayèrent de résoudre ce problème. En raison de la rivalité de la France avec la Russie et l’Angleterre, ils employèrent d’abord des conseillers français, entre autres le Général Gardane, pour les affaires militaires.

La signature du traîté Turkmentchai en Russie

 

Le conseiller français, le Général Gardane

 

Ils envoyèrent ensuite des étudiants iraniens en Europe afin qu’ils soient formés dans les différents domaines scientifiques, ce qui permit aux sciences en Iran de progresser et de substituer aux conceptions religieuses en cours la raison, l’objectivité et l’expérimentation. Par la suite, des concepts comme le nationalisme, la justice sociale, la liberté et l’égalité évoluèrent aussi et leur fondement ne fut plus religieux.

Passé, présent et futur communs avec l’Occident: où est-elle la constitution?

La construction de Darolfonoun (Première école téchnique) 1851

 

Bien que les voyages commerciaux et touristiques des Iraniens aient été à certaines périodes interrompus, cela favorisa l’émergence d’une nouvelle génération d’intellectuels qui cherchaient à entrer dans la modernité occidentale, sans renier pour autant leur nationalisme.

 

Ces intellectuels, dont les plus renommés étaient Mirza Malkom Khan,  et Mirza Agha Khan Kermani, étaient d’avis que la civilisation de l’Iran avant l’Islam avait été profondément liée à celle de l’Occident antique, particulièrement la Grèce et Rome. L’Occident était aussi redevable à l’Iran qui était alors le centre de l’Orient antique. Selon cette pensée, le passé constituait un pont pour le présent et le futur. Grâce à ce passé commun, il était possible que le présent et le futur de chacune de ces deux civilisations se rejoignent. C’est pourquoi ces intellectuels iraniens cherchaient à établir les principes de la démocratie ayant cours en Occident en Iran.

Mirza Malkom Khan

 

              Mirza Agha Khan Kermani

 

Les religieux contre les Qâdjâr : non contre démocratie

Comme les intellectuels, malgré certains points communs avec la dynastie Qâdjâr, les religieux avaient également des dissensions avec eux concernant la domination économique, culturelle et politique de la Russie et de l’Angleterre sur le pays, ce qui apparut clairement lors d’événements tels que la Révolte du tabac. Ce mouvement rapprocha les religieux, les intellectuels et les commerçants. Les peuples, éléments de base du mouvement, portèrent un coup, eux aussi, au respect dû au monarque qui, dans la pensée iranienne, était d’origine divine. Bien que les religieux aient disposé d’avantages comme la responsabilité des tribunaux, des écoles et des donations, ils souhaitaient le retour des Safavides qui avaient déclaré le chiisme comme religion d’Etat en Iran.

A partir de cette époque, les religieux chiites eurent des mosquées et des écoles indépendantes et conservèrent après quelque temps leur indépendance et leurs distances d’avec les rois safavides. Alors que la dynastie Qâdjâr suivait le chemin des Safavides, certains rois Qâdjâr soutenaient même parfois des sectes chiites telles que les Derviches, les Ekhbariounes  et les Cheikhiéounes  et ne les contrôlaient pas beaucoup, de sorte que les religieux chiites orthodoxes étaient soupçonneux à leur égard. L’influence des religieux pour mobiliser la population contre le royaume étant importante, de sorte que les rois Qâdjâr accédaient à certains de leurs désirs. Pourtant, il y avait d’abondants défis à relever, tels que la Révolte du tabac et la Révolution constitutionnelle.

Le mouvement contre le despotisme et le colonialisme par une constitution

Commencée pour des raisons économiques, puis religieuses, la Révolte du tabac est considérée comme un préparatif à la Révolution constitutionnelle. Accorder la concession du tabac de l’Iran à l’entreprise anglaise Talbot provoqua l’opposition des commerçants de Chiraz, de Tabriz, d’Ispahan et de Téhéran. En payant des impôts religieux tels que le khoms et la zakat et par la donation de lieux aux établissements religieux, les corporations et les marchands chiites contribuèrent à l’indépendance financière du clergé chiite; les intellectuels les soutinrent également dans cette protestation et considérèrent le roi dictateur qui comptait davantage sur les pouvoirs étrangers de la Russie et de l’Angleterre que sur le peuple comme responsable des traités iniques. Cette dépendance augmenta après les guerres irano-russes et le soutien certain de l’empire tsariste à la dynastie Qâdjâr, suite au traité de Turkmanchai.

La concession du tabac accordée à l’entreprise britannique rapprocha ces trois groupes: les commerçants, les religieux et les intellectuels. Les premiers se joignirent à ce mouvement pour préserver leurs intérêts économiques, les religieux, pour éviter la domination des étrangers et montrer leur pouvoir dans le pays et les intellectuels dans le but d’affaiblir la Cour et d’obtenir des droits civiques. Une partie importante du clergé suivit ce mouvement, ainsi que le Marja-e Taqlid chiite d’Irak. Dans une fatwa, Mirza Hassan Chirazi considérait la consommation de tabac comme une guerre contre l’Imam des chiites (Une fatwa est l’avis d’un spécialiste islamique possédant la plus haute autorité dans le chiisme et dont l’observance par les adeptes est obligatoire).

Fatwa, Mirza Hassan Chirazi, le Marja-e Taqlid chiite

 

Mirza Chirazi

 

La fatwa de Mirza Chirazi fut même appliquée dans le palais royal. On dit que les femmes du harem brisèrent les narguilés et refusèrent d’en préparer pour le roi. La décision de la Cour concernant l’exil de Mirza Chirazi, représentant de Mirza Hassan Achtiani qui avait joué un rôle très important dans l’émission de cette fatwa, provoqua la descente du peuple dans les rues, ce qui causa des troubles dans la ville. Le roi fut finalement obligé d’annuler le contrat avec Talbot.

Le Shah annulle la concession du tabac accordée à l’entreprise britannique

 

Le régicide

Nassir-al-Din Shah, le 4ème roi Qadjar

 

La victoire de ce mouvement encouragea les forces d’opposition. L’assassinat de Nassir-al-Din Shah quelque temps après, en est une preuve. Nasser-al-Din Shah est le premier souverain iranien à l’époque islamique, assassiné par un homme quelconque. Avant lui, les rois étaient tués lors de rivalités internes, de guerres ou au moment du changement de dynastie. Le tabou de l’assassinat du roi par le peuple avait été brisé par Mirza Reza Kermani. Cet événement sapa la dignité d’origine divine du roi pour les Iraniens et transforma sa charge en un poste au pouvoir limité et contestable.

Mirza Reza Kermani, assasinat de Naser-Al-din shah, prisionné par le père de Reza Shah, le premier roi Pahlavi

 

Un roi paradoxal: avec ou contre modernisme

Mozzaffer-al-Din Shah, roi malade, faible et naïf dans l’histoire et l’esprit des Iraniens, succéda à son père à l’âge de 45 ans. Bien que certains documents et souvenirs de cette époque confirment cette opinion, en tant que prince héritier et durant son règne, il fit des réformes, il fonda de nouvelles écoles et accorda même une constitution à son peuple. Malgré cela, certains comportements du roi ne plaisaient pas aux libéraux, par exemple, ses voyages en Europe qui entraînaient de lourdes dettes pour le gouvernement.

 

La plupart des religieux n’appréciaient pas beaucoup le roi. Ils étaient par exemple mécontents du comportement de Joseph Naus, conseiller financier belge de l’Iran, qui était opposé aux coutumes et à la religion des Iraniens. Il lui arriva de prendre une photo de religieux en costume, ce qui causa un tumulte.

Les concessions économiques aux étrangers, spécialement à la Russie et à l’Angleterre, ainsi que la mauvaise situation économique du pays provoquaient le mécontentement des religieux et des commerçants. Les intellectuels cherchaient également toujours à obtenir la démocratie et la justice sociale.

L’alliance pour la démocratie: la constitution, l’axe d’alliance

L’expérience de la Révolte du tabac avait montré aux opposants qu’ils avaient besoin du clergé, des mosquées et d’un média tel que les minbars dispersés dans tout le pays pour déclencher une mobilisation générale. Le clergé avait un chef spécial dont les avis et les enseignements étaient propagés par des prédicateurs et des orateurs religieux. Ceux-ci constituaient les groupes religieux les plus influents. On peut citer, entre autres, des personnes célèbres comme Seyed Jamal Eddine VaezeIsfahani et Malik-al-Motekalemine qui, outre leurs discours soutenant la Constitution, s’opposaient à la Cour Qâdjâr; c’est pour cette raison qu’ils furent assassinés par Mohammad-Ali Shah après la Constitution.

     Malik-al-Motekalemine

 

                                                                       Seyed Jamal Eddine VaezeIsfahani

 

Ils faisaient partie des religieux d’avant-garde qui étaient en relation avec les intellectuels. Le mot «loi» était le mot le plus important et donc le plus cité dans les discours de ces prêcheurs. Les intellectuels avaient eux aussi leurs propres lieux de rassemblement, ils échangeaient leurs idées au sein d’associations secrètes qu’ils avaient formées et certains commerçants se joignaient à eux. Des livres occidentaux, spécialement d’écrivains français, concernant la période de la Révolution française tels que Le Comte de Monte-Cristo et Les Trois Mousquetaires étaient lus et discutés au cours de leurs séances.

Certains chercheurs les considèrent comme des précurseurs des sociétés de franc-maçonnerie occidentales, car en Iran et dans le monde de l’islam, bien avant la franc-maçonnerie, il existait des sociétés secrètes telles que l’organisation sociale Fotowate et Ekhvan-al-Safa qui essayaient de propager leurs idées. Les associations secrètes parvinrent à unir les opposants à la Cour et à rallier le peuple en publiant des déclarations. Grâce à de tels antécédents, la société iranienne était prête pour qu’un mouvement se produise et réussisse à imposer ses idées.

 

L’émigration, un modèle traditionnel répondant à une exigence moderne

Mahmoud  Alaodowle, gouverneur de Téhéran, prétextant l’augmentation du prix du sucre, fouettait les commerçants vendant ce produit, ce qui déclencha la colère de tous les autres commerçants. Auparavant, le comportement de Joseph Naus, la donation d’espaces dans un cimetière musulman à la banque d’emprunt de la Russie, ainsi que des divergences au sujet de la propriété de l’école Marvi ne pouvaient que rendre les religieux insatisfaits.

Fouetter les commerçants du sucre

 

Le fait de fouetter les commerçants du sucre renforça l’union des commerçants et des religieux. Etant donné que les protestations n’aboutirent à rien, les oulémas de Téhéran décidèrent alors de quitter la ville et de s’installer dans le harem de Shah Abdol-Azime au sud de Téhéran.

La petite émigration des oulémas afin de s’installer dans le harem de Shah Abdol-Azime au sud de Téhéran

 

A partir du départ du Prophète de la Mecque pour Médine, l’émigration devint une tradition religieuse. En immigrant à Médine, il avait pu sauver sa vie, être en sécurité à l’abri des attaques de la tribu des Quraysh et y fonder un état islamique. C’est pourquoi les oulémas de Téhéran choisirent un lieu religieux pour cette émigration et dans l’histoire de la Révolution constitutionnelle, elle est nommée «la petite émigration».

Les commerçants de Téhéran dans le harem de Shah Abdol-Azime au sud de Téhéran

 

La capitale, privée de ses religieux, constitua un élément qui entama la réputation du roi. En effet, les religieux étaient considérés comme les garants de la légalité religieuse du royaume et en se les mettant à dos, le roi avait anéanti cette base. Des protestations populaires vigoureuses, rassemblant surtout des femmes, eurent lieu demandant au roi de faire revenir les oulémas à Téhéran, ce qui causa de sérieux problèmes à la Cour. Une équipe de la Cour se rendit alors au harem du Shah Abdol-Azime afin de négocier avec les oulémas.

 

Un tribunal pour le roi et le pauvre

Les oulémas firent des demandes qui, hormis une, défendaient des intérêts corporatistes. Leur principal désir qui eut une importance historique était de créer un tribunal où chacun serait jugé sur un pied d’égalité devant la loi. Certains considèrent que cela a été suggéré par des intellectuels et transmis par Yahya Dolatabadi aux oulémas. Sous pression, le roi accepta cette demande et ordonna de fonder un tel tribunal. Mais sa mise en place fut retardée car les courtisans étaient d’avis qu’il était prématuré de créer ce lieu en Iran.

Ils arguaient également du fait que le clergé avait dirigé des tribunaux religieux basés sur le droit islamique. L’opinion publique, excitée et soutenue par les prêcheurs libéraux, était d’avis qu’il fallait exécuter l’ordre du roi le plus rapidement possible. La réunion du peuple dans la mosquée du Shah (l’actuel Imam Khomeiny) pour fonder le tribunal fut réprimée et un jeune étudiant Seyed Abdol-Hamid fut tué. Son assassinat fut un tournant pour le mouvement. En effet, la famille Seyed était considérée comme faisant partie de celle du Prophète et donc elle était particulièrement respectée. Les gens ont considéré Seyed Abdol- Hamid comme martyr de Karbala, ainsi que Abdol Madjid Mirza Eynaldolé, le chancelier de Mozzaffer-al-Din Shah, Shemr et Yazid. Cette répression ferma tous les chemins pour faire la paix.

Qom et Téhéran contre le roi

Suite à ces événements, les oulémas émigrèrent à Qom, cette émigration est connue sous le nom de «grande émigration». Les divergences entre la Cour et les religieux s’étaient tellement aggravées que le Cheikh Fazl-ol-Allah, célèbre savant de Téhéran, qui n’avait pas participé à la petite émigration avec les religieux opposés à la Cour, participa à celle-ci. Téhéran se retrouva en quelque sorte vidée de religieux renommés.

Cheikh Fazl-ol-Allah

 

Dans leurs déclarations, les libéraux présentaient Téhéran comme une ville sans défense face au despotisme royal et ces savants qui avaient quitté la ville constituaient auparavant un refuge pour les habitants. La conséquence des activités des mouvements d’opposition fut que certains commerçants trouvèrent refuge à l’ambassade d’Angleterre.

Refuge des oulémas et les commérçants à l’ambassade d’Angleterre

 

Refuge des oulémas et les commérçants à l’ambassade d’Angleterre

 

La cuisine des refugiés  à l’ambassade d’Angleterre

 

Le sit-in d’un nombre considérable de personnes de différents groupes dans l’ambassade, preuve de leur opposition, mit la Cour dans une situation critique. Leurs revendications allaient bien au-delà que la création d’un tribunal. Tout ce qui avait été publié et propagé par les groupes d’opposition pendant les années précédentes était en train de porter ses fruits. C’est ainsi que la Constitution royale fut sur le point d’être promulguée. Les religieux émigrés et l’ambassadeur d’Angleterre soutinrent la Constitution. En revanche, la Russie n’était pas d’accord avec cette situation. Mais le roi n’avait pas le pouvoir de résister, il n’était pas en bonne condition physique et morale. L’opposition des religieux et l’alliance de différentes couches sociales menaçaient la légalité et l’existence même du monarque. Le soutien des constitutionnalistes par l’Angleterre laissait la royauté Qâdjâr seule contre la Russie, son voisin du nord. La rivalité entre la Russie et l’Angleterre en Iran avait causé bien des dommages, mais là, elle jouait en faveur des opposants à la monarchie.

 

La Constitution inachevée

                                                               Les membres du premier Parlement 1906

 

C’est pourquoi le roi promulgua le décret constitutionnel le 6 Août 1906. La Charte fut ensuite rapidement écrite et la première élection parlementaire fut organisée. Le premier Parlement fut constitué de princes, de riches, de propriétaires, de savants et de commerçants.

Le premier Parlement

 

En fait, il excluait les gens ordinaires qui ne pouvaient être choisis. Parallèlement, l’écriture de la Charte commença, la mauvaise santé de Mozzaffer-al-Din Shah en accéléra la rédaction car les libéraux craignaient que le roi ne meure avant sa signature et qu’elle se retrouve entre les mains du nouveau roi.

Mozzaffer-al-Din Shah

 

Mohammad-Ali Mirza, prince héritier de Mozzaffer-al-Din Shah, était le cauchemar des libéraux, ils se hâtèrent de faire signer le roi avant sa mort. Il s’avéra que les Constitutionnalistes avaient eu raison d’accélérer les choses, Mozzaffer-al-Din Shah décéda 10 jours après la signature de la Charte et la formation du Parlement et son fils Mohammad-Ali Mirza lui succéda.

Mohammad-Ali Mirza

 

La lutte du despotisme et de la démocratie

Mohammad-Ali Shah, dès le début, montra son hostilité face à la Constitution. Les libéraux avaient eu de mauvaises expériences quand il était prince héritier, il en avait assassiné et torturé plusieurs. Les habitants de Tabriz aussi n’avaient pas de bons souvenirs, suite à son séjour dans leur ville en tant que prince héritier. C’est pourquoi durant son règne, il existait de nombreuses divergences entre eux. La Charte Constitutionnelle, écrite à l’époque de Mozzaffer-al-Din Shah, était incomplète, une partie complémentaire dans laquelle étaient garantis un certain nombre de droits accordés au peuple fut alors écrite. Mohammad-Ali Shah n’accepta pas cette partie et refusa donc de la signer. La lutte des habitants de Tabriz qui alla même jusqu’à l’illégalité, l’obligea à se retirer, cette confrontation dura jusqu’à la fin de son règne.

La révolte des habitants de Tabriz

 

La Constitution et le peuple

Bien que ce premier Parlement constitutionnel fût toujours en conflit avec le despotique Mohammad-Ali Shah pendant son règne éphémère, d’importants événements se produisirent à cette époque dont les conséquences se font encore sentir dans l’histoire et la société iranienne. Pour les Iraniens, le premier Parlement devint un organe efficace, pouvant résoudre les problèmes. A cette époque-là, les débats parlementaires, accessibles à toutes les classes sociales grâce aux journaux ou à leur présence dans l’hémicycle, mettaient tout le monde au courant des plus importants dossiers du pays. La commission des pétitions était un autre moyen de communication du peuple avec le Parlement. Chacun pouvait exposer ses problèmes devant cette commission et demander au Parlement de les résoudre. Les citoyens pouvaient même envoyer directement des courriers où ils exposaient leurs problèmes personnels.

 

Des associations populaires furent mises en place pour soutenir la Constitution, autre exemple intéressant montrant la relation directe qui existait entre la population et le Parlement. Cette relation était si proche que lorsque la loi de fondation de la Banque Nationale fut ratifiée, tous les citoyens, femmes, hommes et même jeunes étudiants aidèrent à sa mise en œuvre. Les femmes investirent leurs bijoux dans la banque et les étudiants donnèrent leur argent de poche pour aider la Banque Nationale.

La constitution avait créé une union nationale qui permit de neutraliser à plusieurs reprises les complots fomentés par Mohammad-Ali Shah contre le Parlement. Par exemple, lorsque les partisans du roi se rassemblèrent sur la place Toupkhané de Téhéran en déclarant la Constitution inconciliable avec la religion, ils demandèrent son abolition. Alors les assemblées populaires commencèrent à défendre la Constitution. Les gens faisaient confiance et soutenaient la presse qui, contrairement à l’époque précédente, avait des directeurs issus du peuple.

A cette époque, les comédies et les poèmes politiques étaient très répandus, à tel point que dans les cafés, les personnes cultivées les lisaient devant un grand nombre de personnes dont la plupart étaient illettrées. Ali Akbar Dehkhoda dans le journal Sour-e-Esrafil et Seyed Acharaf-al-Dine Guilani dans celui de Nassime Chomale étaient les chefs de ce journalisme engagé.

 

                                        Nassime Chomale le journal de Seyed Acharaf-al-Dine Guilani

 

Mirza Jahanguir khan shirazi, le directeur du  journal Sour-e-Esrafil

 

La fondation d’associations provinciales chargées d’administrer les provinces dans le cadre d’un système fédéral était l’une des autres mesures de la Constitution. La plus importante était celle d’Azerbaïdjan qui put diriger efficacement la ville de Tabriz, malgré de fortes oppositions.

La loi d’associations provinciales

 

La création de mairies était l’une des autres décisions ratifiées par ce premier Parlement constitutionnel. Ainsi, en choisissant les membres du conseil municipal, les citoyens collaboraient à l’administration de leur ville. A cette époque, les affaires culturelles étaient de la compétence des mairies et la volonté affichée était de transformer les habitants en citoyens, définis non seulement comme personnes vivantes dans la ville et exerçant un métier, mais aussi en tant que bénéficiaires de droits. Les mairies possédaient leurs propres journaux afin de communiquer les informations utiles à la population.

Elles étaient les représentantes des villes auprès du gouvernement central, c’est pourquoi elles essayaient de renforcer l’indépendance des villes en promulguant différents arrêtés et en levant des impôts. Cette identité forte et cette autonomie des villes par rapport au gouvernement central permirent de remettre en vigueur la Constitution en Iran après le bombardement du Parlement et la répression des Constitutionnalistes.

 

Premier coup d’État en Iran

 

Les dissensions entre les partisans de la Constitution et Mohammad-Ali Shah aboutirent finalement à une lutte sans merci. L’une des associations secrètes partisane de la Constitution qui avait déjà assassiné Amin-al-Sultane, le chancelier, essaya en vain d’assassiner Mohammad-Ali Shah. Ce dernier, alors soutenu par la Russie, décida de supprimer la Constitution. Les militaires cosaques iraniens sous la direction du russe Liakhov et le Russe Szapszal, professeur du prince héritier Ahmad Mirza, étaient proches du roi.

Liakhov

 

La Russie considérait la Constitution maléfique pour ses propres intérêts et elle pensait qu’elle avait une incidence directe sur la politique étrangère de l’Iran et favorisait l’Angleterre à son détriment. La convention anglo-russe de 1907 qui organisait le partage de l’Iran entre les deux pays eut pour conséquence de les rapprocher pour défendre leurs intérêts et, en fin de compte, pour s’opposer à la Constitution. L’Angleterre, assurée du maintien de ses intérêts au sud de l’Iran étant donné sa proximité avec le Golfe Persique et l’Inde, aida la Russie à abolir la Constitution. Le roi bombarda ainsi le Parlement le 23 juin 1908, premier coup d’État militaire en Iran.

 

 

Le bombardement du Parlement le 23 juin 1908 par les russes et les Qazaghs

 

On assistait au combat entre la tradition incarnée par la royauté et le modernisme représenté par le Parlement, au triomphe du despotisme sur la démocratie. Des députés et des journalistes furent arrêtés après ce bombardement. Les journalistes et les prêcheurs religieux furent les victimes les plus nombreuses de la répression de Mohammad-Ali Shah. Mirza Djahanguir Khan Sour-e-Esrafil, Malek-al-Motekalemine, Seyed Djamal VaézeIsfahani et Sultan-al-Olama Khorassani furent parmi les victimes à cause de leur opposition à Mohammad-Ali Shah. Certains constitutionnalistes furent exilés, d’autres se réfugièrent dans l’ambassade d’Angleterre pour sauver leur vie.

Les journalistes et les prêcheurs religieux furent parmi les victimes à cause de leur opposition à Mohammad-Ali Shah

 

Tabriz, sauveur de la Constitution

Ce qui sauva la Constitution fut la lutte des habitants de Tabriz, menée par Sattar Khan, une crapule. Ces vauriens vivaient sur le modèle de Robin Hood. Bien que n’attachant pas beaucoup d’importance aux affaires religieuses et sociales, ils étaient cependant reconnus pour leur bravoure et certaines autres qualités. Grâce à leur caractère combatif, ils étaient connus par la plupart des mouvements politiques et sociaux comme partisans des religieux. Par leur force, leur nationalisme et leur souci de défendre les habitants de leur quartier et de leur ville, malgré leur comportement parfois immoral, ils soutenaient les pauvres et les familles. Tabriz était connu pour ses vauriens qui se rebellaient contre les représentants du gouvernement central. A l’époque de la Constitution, les vauriens de Tabriz soutenaient la Cour, mais certains comme Sattar Khan étaient partisans de la Constitution; c’est pourquoi après son abolition à Téhéran, un groupe partisan de la Cour eut le courage d’attaquer les Constitutionnalistes. Mais ils faiblissaient moralement et les partisans du despotisme royal leur demandèrent de se soumettre, en attaquant les drapeaux blancs que ces derniers avaient levés pour sécuriser les Constitutionnalistes. Sattar Khan, défenseur de la liberté, commença alors la résistance contre le despotisme. La renommée de cette lutte des habitants de Tabriz, dirigée par Sattar Khan et Bagher Khan alla jusqu’en Occident.

Sattar Khan et Bagher Khan

 

Les journaux européens et américains firent des articles à leur sujet et admirèrent leur courage. La résistance de Tabriz se répandit à Ispahan et à Racht. Les forces constitutionnalistes des deux villes se révoltèrent contre les représentants du gouvernement central. Ces luttes eurent des conséquences bénéfiques. Certains partisans de la Cour se joignirent aux Constitutionnalistes.

 

En rejoignant ce mouvement, Mohammad Vali Khan Tonkaboni, commandant militaire et célèbre propriétaire du nord de l’Iran, se rendit à Téhéran pour rétablir la Constitution.  Au sud, l’union des Constitutionnalistes et de la tribu des Bakhtiyari dirigée par Serdâr Assade leur apporta la victoire. Les Constitutionnalistes convergèrent du nord et du sud en direction de Téhéran qui s’écroula en peu de temps. Mohammad-Ali Shah se réfugia à l’ambassade de Russie, il nomma comme régent son jeune fils Ahmad Mirza qui devint roi. La  Constitution fut rétablie, mais la révolution continua.

 

La conquête de Téhéran

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Rédacteur

Reza MOKHTARI ESFAHANI

Tutulaire d'un master en histoire, chercheur

Poupak Shirvani Mahdavi
Traductrice

Poupak Shirvani Mahdavi

Titulaire d'un master de français

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