La citerne et sa construction est une réponse logique face à une nature sèche, consécutive au climat chaud et aride du haut plateau iranien. Les précipitations annuelles le placent parmi les régions très sèches du monde.

L’eau fut de tout temps une préoccupation pour ses habitants. Accompagnant la vie humaine tout au long de l’Histoire, le besoin de se fournir en eau potable reflète la préoccupation occupant depuis longtemps l’esprit des Iraniens.Servant au recueillement de l’eau, ces citernes sont conçues pour répondre à sa nécessité d’entretien et de purification. Mais ce bâtiment, jugé indispensable dans les nombreuses villes du Golfe persique, devint par son rôle primordial un lieu de rencontre et d’interactions sociales.

Nécessitant des réponses intelligentes aux problèmes posés par le terrain, les citernes témoignent d’une adaptation architecturale et culturelle au climat et à la géographie des différentes régions.De Tchogha-Zanbil à Abyaneh, située à 2300 m d’altitude sur la route d’Ispahan à Kâshân, les citernes rappellent aux voyageurs d’aujourd’hui la présence impensable d’une humanité vivant parmi cette nature indomptable.

La citerne iranienne et ses origines

L’Iran, avec son climat chaud et aride est un haut plateau. Les précipitations annuelles (entre 150 et 200 mm) le placent parmi les régions très sèches du monde. L’eau a donc été de tout temps une préoccupation pour ses habitants. Sa recherche et ensuite son stockage pour préserver la quantité nécessaire a dominé depuis longtemps l’esprit des Iraniens. D’où vient  la construction de  citerne!

La construction de citernes (âb-anbâr en persan) est une réponse logique face à cette nature sèche. Elles vont servir à recueillir l’eau pendant les saisons de pluie et à alimenter la consommation lors des saisons sèches. Ces constructions nécessitent des architectes intelligents mettant leur art en œuvre pour lutter contre cette nature hostile. Mais l’architecture des citernes varie selon la géographie et le climat des différentes régions du plateau iranien.

Les citernes primitives

Les recherches archéologiques montrent que les premières constructions liées à la question de l’eau remontent à la civilisation élamite. Les vestiges d’un réservoir d’eau à Tchogha-Zanbil (1150 av. JC) est un exemple remarquable de citerne primitive. Elle atteste de l’intelligence architecturale des Elamites dans les systèmes d’irrigation et de conservation de l’eau.

Citerne du Ziggourat : un réservoir d’eau à Tchogha-Zanbil (1150 av. JC)

Citerne du Ziggourat : un réservoir d’eau à Tchogha-Zanbil (1150 av. JC)

D’autres exemples  similaires à citerne sont à mentionner : le barrage de Darivan à Shoushtar, les puits et les réservoirs creusés dans le rocher, les canaux d’irrigation qui, tous à Persépolis, amènent l’eau vers le bain privé à Tachara, le palais impérial de Darius Ier (520 av. JC, à l’époque achéménide). Tout ici témoigne du long passé des constructions liées à l’eau sur le plateau iranien. Là l’intelligence humaine a créé des bâtiments permettant de s’approvisionner en eau, si nécessaire à sa survie dans une nature hostile.

La construction de la citerne est une réponse logique au recueillement de l’eau et à son stockage pour préserver la quantité nécessaire et alimenter la consommation lors des saisons sèches. Les recherches archéologiques montrent que les premières constructions liées à la question de l’eau remontent à la civilisation élamite.

La construction d’ouvrages hydrauliques dès l’Iran préislamique s’est poursuivie par celle des moulins à eau de Shushtar, réalisés sous Shapur Ier en 260 ap. J.-C., à l’époque sassanide et par des centaines de barrages sur les rivières.

Le besoin de se fournir en eau potable a accompagné la vie humaine tout au long de l’histoire. Dans la période islamique, l’édification des citernes se faisait sur les lieux où il y avait beaucoup de fréquentation populaire tels que les bazars, les mosquées, dans les quartiers résidentiels et les caravansérails.

On stocke l'eau de quanât dans la citerne

On stocke l’eau de quanât dans la citerne

La citerne et le Chiisme

L’entrée des citernes les plus importantes se fait par de beaux portails ornés d’éléments décoratifs caractéristiques de l’architecture iranienne. Parfois, on y trouve le nom du fondateur et la date de construction. Depuis la dynastie des Safavides et le choix du chiisme comme religion officielle du pays, des hommages à l’Imam Hossein (troisième Imam des Chiites) taillés sur des plaques se trouvent aussi sur le portail d’entrée. Chaque quartier dans les villes désertiques était équipé d’une citerne construite par les habitants du quartier ou par des bienfaiteurs.

Le dôme et les tours du vent de la citerne

Le dôme et les tours du vent de la citerne

La citerne et son rôle dans la société

L’accès à l’eau de la citerne était gratuit, les frais de restauration et de maintenance étaient à la charge des habitants du quartier. Dans ces villes, les citernes se rangeaient parmi les bâtiments urbains publics les plus importants. Les grandes tours du vent et les coupoles des citernes qui ont une fonction spéciale, signalaient le lieu où elles se trouvaient. Les éléments constitutifs d’une citerne sont : un réservoir à plan carré, rectangulaire ou à plan circulaire couvert par un toit en coupole ou par un toit plat, un ou deux escaliers (comme la citerne Shish Badguir à Yazd) donnant accès à l’eau.

L'entrée de la citerne Shish Badguir à Yazd, donnant l'accès à l’eau.

L’entrée de la citerne Shish Badguir à Yazd, donnant l’accès à l’eau.

Les maisons des familles riches étaient pourvues d’une citerne privée. L’eau des canaux (les qanâts) était conservée dans l’une des pièces de la cave.

Les régions montagneuses d’Iran où les précipitations annuelles étaient plus abondantes, avec des rivières saisonnières et permanentes, ne manquaient pas non plus de citernes pour conserver de l’eau potable, même si leur nombre était moindre que dans les régions désertiques. Le réservoir des citernes de ces régions montagneuses boisées au climat plus favorable, avait la forme carrée ou rectangulaire avec un toit plat. Les maçons construisaient les citernes avec avec du bois et du torchis. Ainsi, on ne les voyait pas de loin, elles se fondaient dans le paysage, telles celles d’Abyaneh (un village à 2300 m d’altitude sur la route Ispahan à Kâshân).

La citerne, une nécessité pour la vie publique

On trouve aussi des citernes dans les régions fertiles où le niveau des nappes phréatiques est haut quoique en nombre restreint. De nombreuses maisons à Ispahan étaient équipées d’un puits. Il donnait accès à l’eau potable toute l’année. Les jardins des villes avoisinantes étaient également arrosés grâce aux canaux d’irrigation (appelés mâdi en langue locale). Ces canaux se dérivaient de la rivière Zâyandeh-roud. Mais la construction des citernes se pratiquait aussi dans les régions plus hautes ou situées loin de la rivière et dont le niveau des nappes phréatiques était bas. Il existait aussi un certain nombre de citernes au bord de la mer Caspienne. Dans les quartiers où l’on n’avait pas accès à l’eau potable toute l’année, on  construisait des citernes.

Une Birka ou citerne ouverte au sud d’Iran, photo du site: irantrips.ir

Une Birka ou citerne ouverte au sud d’Iran, photo du site: irantrips.ir

La citernes et ses éléments architecturaux

La citerne, en tant que bâtiment public, était indispensable dans les villes au bord du golfe Persique où l’humidité est certes forte. Mais dans ces régions, les précipitations annuelles sont faibles et où les nappes phréatiques sont salées. Ces citernes qui s’appellent « birka » (un grand bassin), sont le seul moyen d’accès à l’eau potable, elles s’avèrent nécessaires à la vie. Elles sont construites souvent près des rivières saisonnières et des fossés où de l’eau de pluie s’accumule. Bien que le réservoir principal se situe au-dessous du niveau du sol, aucune couverture n’est prévue et l’accès à l’eau se fait par des escaliers qui débouchent sur le bassin.

Les coupples et les tours au vent d'une citerne à Bushehr

Les coupples et les tours au vent d’une citerne à Bushehr

La coupole du réservoir secondaire et les murs du « birka » sont couverts d’un mortier de couleur gris clair résistant à l’humidité. Cette coupole conserve l’eau à une température relativement basse, ceci étant dû à sa couleur qui réfléchit le soleil. Il existait aussi dans ces régions, à savoir à Bouchehr, des citernes privées. l’alimentation se faisait  par la pluie qui tombait sur le toit et dans la cour.

D’une coupole couverte d’un mortier gris clair résistant à l’humidité et réfléchissant le soleil, la citerne se révélait indispensable à la vie publique. Quelquefois présentes dans les régions fertiles, les citernes se rencontrent plus souvent dans les régions plus hautes ou situées loin de la rivière et dont le niveau des nappes phréatiques était bas.

Les tours au vent à l'arrière de la citerne à Mahan

Les tours au vent à l’arrière de la citerne à Mahan

Les citernes, les bâtiments publics à la charge  des habitants

En général, n’importe où, il fallait nettoyer les citernes chaque année. En effet, elles étaient les premières destinataires de l’eau des qanâts, une fois sortie. De l’equ devrait être la plus pure possible pour pouvoir être bue. Le plan des citernes est ainsi conçu pour que le réservoir de la citerne soit muni d’un orifice lié au qanât ou au canal d’irrigation par lequel l’eau entre dans le réservoir et le remplit.

d’autre part, l’eau sortie du qanât devait être purifiée. Donc, on la faisait couler dans trois ou quatre petits bassins situés près du réservoir et en passant par les couches de sable, elle était assainie. Avant d’orienter l’eau dans ces bassins, on enlevait les impuretés, ce qui exigeait un travail dur.  A la fin de l’hiver ou quand il y avait suffisamment d’eau de pluie, les hommes forts (Pahlavan) de la ville mettaient des habits en peluche pour nettoyer les citernes qui conservaient l’eau des qanâts, des sources et des rivières saisonnières. Ils faisaient sortir les boues du réservoir  grâce à une corde et à un treuil à travers l’un  des trous d’aération se trouvant sur le toit.

 

Bassin de l'eau sur le cheminement de Qanât et la citerne

Bassin de l’eau sur le cheminement de Qanât et la citerne

La citerne, une adaptation aux multiples exigences

Le principe de gravité entraînait les substances solides présentes dans l’eau au fond des bassins. Ensuite on versait du sel et de la chaux sur la surface de l’eau, ce qui permettait d’éviter la putréfaction. Pour assurer la ventilation dans les citernes et ainsi conserver l’eau fraîche, le toit du réservoir était muni de trous d’aération ou de tours du vent. La ventilation et le passage du courant d’air à la surface de l’eau la rafraîchissait en accélérant l’évaporation. Dans certaines régions, en raison de la ventilation faite par les tours du vent, l’eau des citernes était tellement froide que la boire devenait difficile. Généralement, les citernes des régions désertiques étaient entourées de nombreuses tours du vent, comme la citerne Shish  Bâdguir à Yazd.

L’eau de la citerne est-elle potable ?

Ces exigences hygiéniques, malheureusement, n’étaient pas toujours respectées dans les citernes ou les birkas situées au bord du golfe Persique. Faute d’escaliers à part, des bouches d’aération autour du réservoir assuraient la ventilation et malgré l’humidité de l’air d’extérieur, il n’y avait pas de circulation d’air rafraichissante. Les gens lançaient leur seau par ces trous pour tirer de l’eau. Le contact physique de ces usagers avec l’eau du réservoir, ainsi que sa couverture partielle, favorisaient l’entrée du soleil et des poussières, ce qui provoquait la putréfaction de l’eau et la multiplication des micro-organismes aquatiques. Malgré tout, il était vital pour les habitants de s’en servir en raison du manque d’accès à d’autres sources d’eau.

L’architecture de la citerne est adaptée à sa fonction

Pour supporter le poids de la paroi, de la voute et la pression de l’eau dans le réservoir creusé dans le sol, la terre devait être solide. Ainsi, les citernes ont toujours été construites au-dessous du niveau du sol extérieur. Voici les 3 principes de base appliqués :

1) La construction du réservoir sur la terre nécessitait des murs d’appui assez épais pour supporter la pression de l’eau contenue au-dedans. Ceci induisait des frais. Alors que dans les citernes dont le réservoir est creusé dans la terre, le sol qui entoure, le réservoir le renforce contre la pression d’eau. Ainsi les catastrophes naturelles à savoir les tremblements de terre.

Le mur de base de la citerne à Meybod

Le mur de base de la citerne à Meybod

2)Le niveau bas du sol du réservoir facilite l’écoulement de l’eau du qanât et économise ainsi de l’énergie.

3) En étant stockée sous terre, l’eau des citernes et des réservoirs subit moins les changements climatiques, elle ne gelant pas en hiver et restant froide en été.

Les principes de la construction des citernes

Pour construire la citerne, le sol du réservoir creusé dans la terre au niveau souhaité s’est recouvert d’un mortier formé d’un mélange d’eau, de terre et de chaux. Dans les réservoirs plus grands, le sol était couvert d’une couche de plomb pour résister à la pression de l’eau, recouvert ensuite de briques.

Pour que l’eau ne soit pas impropre à la consommation, on couvrait la couche de plomb d’un enduit appelé saroudj. Il s’agissait d’un mortier spécial fait d’un mélange d’argile, de chaux, de cendres, de fibres de massette ou de poils de chèvre et de blancs d’œufs. Les murs étaient couverts de ce mortier et de briques rouges ou de briques construites spécialement pour les citernes, appelées ajor âb anbâri, résistantes à l’eau. De plus, pour que les murs ne se fendent pas sous la pression de l’eau, on versait de la terre derrière les murs.

La citerne dans les régions montagneuses

Des morceaux de pierre de formes irrégulières qui se détachaient lors de l’exploitation des carrières, à cause de leur faible résistance se trouvaient facilement . Cela favorisait la construction des murs et des coupoles avec ces matériaux naturels. Ainsi la citerne dans les régions montagneuses ou les régions où l’extraction de la pierre était facile, ne coûtait pas cher. La coupole était édifiée après la construction de la citerne et des murs.

Par exemple, la citerne Sardar-e-bozorg à Qazvin datant de la dynastie qâdjâr a une capacité de 6000 mètres-cubes d’eau.  La citerne Sardar-e-bozorg à Qazvin est l’un des plus grands réservoirs d’eau du pays. Inscrite au patrimoine national en Iran, une méthode spécifique s’y est  appliquée. De la chaux est étalée sur la surface de tous les murs intérieurs de la citerne, de même que sur le fond. En suite, le constructeur l’a recouvert d’un mortier.

L’escalier des citernes

L’escalier d’accès est construit contre le mur le plus solide. Une voûte en berceau en brique est édifiée après avoir monté les murs. Le réservoir et l’escalier étant construits accolés l’un à l’autre, on augmentait l’épaisseur du mur. Cette téchnique permettait de compenser l’espace vide de l’escalier et assurer ainsi la résistance du réservoir à la pression de l’eau et aux tremblements de terre.

L’escalier ouvrant au fond sur un petit espace (pâchir) donne accès à un ou trois robinets forgés en cuivre jaune. Au-dessous, un puits  s’est destiné à la collecte des eaux usées résultant du lavage du réservoir. Précisons que ces escaliers ont servi de lieux de refuge pendant la guerre entre l’Irak et l’Iran. Parfois, l’escalier s’élève verticalement sur le réservoir. Ces escaliers sont toujours raides et droits, sans tournant, afin que la lumière puisse pénétrer jusqu’au bas de la citerne.

L’escalier d’entrée de la citerne au Bazar de Yazd

L’escalier d’entrée de la citerne au Bazar de Yazd

L’escalier de la citerne, appelé ratchineh dans la région de Yazd, peut être très long, avec des marches multiples et hautes. Ainsi  les citernes Khâdjeh et Rigue, se considèrent parmi les citernes les plus grandes de Yazd.

bancs de pierre , couverts de briques à l'entrée de la citerne

Bancs de pierre recouverts de briques à l’entrée de la citerne

Pour faciliter la fréquentation des gens, on y avait installé des paliers pour qu’ils puisent s’y reposent. On y vendait des boissons telles que des sirops, du thé et du café.

L'entrée de la citerne sur le site des tours de silence

L’entrée de la citerne sur le site des tours du silence

L’entrée des citernes

L’entrée est bordée de bancs de pierre taillée. Ils permettaiant aux habitants d’y faire halte et d’échanger les nouvelles avant de remplir leurs cruches en terre cuite. Certaines des citernes sont munies de deux escaliers séparés qui peuvent aboutir à deux endroits différents. La citerne Khâdjeh a deux escaliers,destinés aux différents groupes de la société. En même temps que les  zoroastriens  prenaient un escalier, les musulmans prenaient l’autre. La citerne de Shish Badgir à Yazd est un bel exemple.

Des tours au vent assuraient l’aération et le rafraîchissement de l’eau. La conservation exigeait toujours une vigilance constante de la part de tous les habitants. Ceux-ci étaient liés ensemble dans une responsabilité collective nécessaire à leur survie.

Le toit de la citerne

Le toit des citernes est le plus souvent en coupole, de forme sphérique. Quelques fois on remplace la forme sphérique du toit par une surface plate grâce à des arcs plus petits. C’est le cas où l’on veut accéder au toit pour profiter de ses opportunités. C’est le mêm quand la citerne s’accole à d’autres bâtiments. Le toit de la citerne Qavâm à Bouchehr rend au visiteur une belle vue. Mais la citerne Mirza Moqim à Kâshân se trouve à côté d’une mosquée. Il est à noter que le toit en forme de coupole se refroidit plus facilement qu’un toit plat. Car le toit en forme de coupole empêche les échanges de température avec l’extérieur.

Rédacteur

Golrokh Bayat Maku

Etudiante en français, responsable administrative

Shaghayegh Mokhtari Hedesh
Traductrice

Shaghayegh Mokhtari Hedesh

Titulaire de master en français, Traductrice

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