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Pourquoi des citernes ?

L’Iran, avec son climat chaud et aride est un haut plateau. Les précipitations annuelles (entre 150 et 200 mm) le placent parmi les régions très sèches du monde. L’eau a donc été de tout temps une préoccupation pour ses habitants. Sa recherche et ensuite son stockage pour préserver la quantité nécessaire a dominé depuis longtemps l’esprit des Iraniens. D’où vient  la construction de  citerne!

La construction de citernes (âb-anbâr en persan) est une réponse logique face à cette nature sèche. Elles vont servir à recueillir l’eau pendant les saisons de pluie et à alimenter la consommation lors des saisons sèches. Ces constructions nécessitent des architectes intelligents mettant leur art en œuvre pour lutter contre cette nature hostile. Mais l’architecture des citernes varie selon la géographie et le climat des différentes régions du plateau iranien.

Les recherches archéologiques montrent que les premières constructions liées à la question de l’eau remontent à la civilisation élamite. Les vestiges d’un réservoir d’eau à Tchogha-Zanbil (1150 av. JC) est un exemple remarquable de citerne qui atteste de l’intelligence architecturale des Elamites dans les systèmes d’irrigation et de conservation de l’eau.

Le réservoir d'eau à Choghazanbil, Suse

 

D’autres exemples sont à mentionner : le barrage de Darivan à Shoushtar, les puits et les réservoirs creusés dans le rocher, les canaux d’irrigation qui, tous à Persépolis, amènent l’eau vers le bain privé à Tachara, le palais impérial de Darius Ier (520 av. JC, à l’époque achéménide). Tout témoigne du long passé des constructions liées à l’eau sur le plateau iranien où l’intelligence humaine a créé des bâtiments permettant de s’approvisionner en eau, si nécessaire à sa survie dans une nature hostile.

La construction d’ouvrages hydrauliques dès l’Iran préislamique s’est poursuivie par celle des moulins à eau de Shushtar, réalisés sous Shapur Ier en 260 ap. J.-C., à l’époque sassanide et par des centaines de barrages sur les rivières.

Le besoin de se fournir en eau potable a accompagné la vie humaine tout au long de l’histoire. Dans la période islamique, l’édification des citernes se faisait sur les lieux où il y avait beaucoup de fréquentation populaire tels que les bazars, à côté des mosquées, dans les quartiers résidentiels et les caravansérails.

De l'eau se réserve dans les citernes

                                                   De l’eau en réserve dans les citernes

 

L’entrée des citernes les plus importantes se fait par de beaux portails ornés d’éléments décoratifs caractéristiques de l’architecture iranienne. Parfois, on y trouve le nom du fondateur et la date de construction. Depuis la dynastie des Safavides et le choix du chiisme comme religion officielle du pays, des hommages à l’Imam Hossein (troisième Imam des Chiites) taillés sur des plaques se trouvent aussi sur le portail d’entrée. Chaque quartier dans les villes désertiques était équipé d’une citerne construite par les habitants du quartier ou par des bienfaiteurs.

Le dôme et les tours du vent de la citerne

                                        Le dôme et les tours du vent de la citerne

L’accès à l’eau de la citerne était gratuit, les frais de restauration et de maintenance étaient à la charge des habitants du quartier. Dans ces villes, les citernes étaient considérées comme les bâtiments urbains publics les plus importants. Les grandes tours du vent et les coupoles des citernes qui ont une fonction spéciale, signalaient le lieu où elles se trouvaient. Les éléments constitutifs d’une citerne sont : un réservoir à plan carré, rectangulaire ou à plan circulaire couvert par un toit en coupole ou par un toit plat, un ou deux escaliers (comme la citerne Shish Badguir à Yazd) donnant accès à l’eau.

 

Les maisons des familles riches étaient pourvues d’une citerne privée. L’eau des canaux (les qanâts) était conservée dans l’une des pièces de la cave.

Les régions montagneuses d’Iran où les précipitations annuelles étaient plus abondantes, avec des rivières saisonnières et permanentes, ne manquaient pas non plus de citernes pour conserver de l’eau potable, même si leur nombre était moindre que dans les régions désertiques. Le réservoir des citernes de ces régions montagneuses boisées au climat plus favorable, était de forme carrée ou rectangulaire avec un toit plat. Elles étaient construites avec du bois et du torchis. Ainsi, on ne les voyait pas de loin, elles se fondaient dans le paysage, telles celles d’Abyaneh (un village à 2300 m d’altitude sur la route Ispahan à Kâshân).

La citerne, liée au désert ou indispensable pour tous?

On trouve aussi des citernes dans les régions fertiles où le niveau des nappes phréatiques est haut quoiqu’en nombre restreint. De nombreuses maisons à Ispahan étaient équipées d’un puits qui donnait accès à l’eau potable toute l’année et les jardins des villes avoisinantes étaient également arrosés grâce aux canaux d’irrigation (appelés mâdi en langue locale) dérivés de la rivière Zâyandeh-roud. Mais la construction des citernes se pratiquait aussi dans les régions plus hautes ou situées loin de la rivière et dont le niveau des nappes phréatiques était bas. Il existait aussi un certain nombre de citernes au bord de la mer Caspienne dans les quartiers où l’on n’avait pas accès à l’eau potable toute l’année.

Birka, citerne ouverte au sud d’Iran, Photo du site: irantrips.ir

                     Une Birka ou citerne ouverte au sud d’Iran, Photo du site: irantrips.ir

La citerne, en tant que bâtiment public, était indispensable dans les villes au bord du golfe Persique où l’humidité est certes forte, mais où les précipitations annuelles sont faibles et où les nappes phréatiques sont salées. Ces citernes qui s’appellent « birka » (un grand bassin), sont le seul moyen d’accès à l’eau potable, elles s’avèrent nécessaires à la vie. Elles sont construites souvent près des rivières saisonnières et des fossés où de l’eau de pluie s’accumule. Bien que le réservoir principal se situe au-dessous du niveau du sol, aucune couverture n’est prévue et l’accès à l’eau se fait par des escaliers qui débouchent sur le bassin.

 

La coupole du réservoir secondaire et les murs du « birka » sont couverts d’un mortier de couleur gris clair résistant à l’humidité. Ce coupole conserve l’eau à une température relativement basse, ceci étant dû à sa couleur qui réfléchit le soleil. Il existait aussi dans ces régions, à savoir à Bouchehr, des citernes privées, alimentées par la pluie qui tombait sur le toit et dans la cour.

L'arrière de la citerne à Mahan

                                              L’arrière de la citerne à Mahan

Les citernes , les bâtiments publics à la charge  des habitants

En général, n’importe où, il fallait nettoyer les citernes chaque année. En effet, elles étaient les premières destinataires de l’eau des qanâts, une fois sortie, et il fallait que cette eau soit la plus pure possible pour pouvoir être bue. Le plan des citernes est ainsi conçu pour que le réservoir de la citerne soit muni d’un orifice lié au qanât ou au canal d’irrigation par lequel l’eau entre dans le réservoir et le remplit.

L’eau sortie du qanât devait être purifiée, on la faisait couler dans trois ou quatre petits bassins situés près du réservoir et en passant par les couches de sable, elle était assainie. Avant d’orienter l’eau dans ces bassins, on enlevait les impuretés, ce qui exigeait un travail dur.  A la fin de l’hiver ou quand il y avait suffisamment d’eau de pluie, les hommes forts (Pahlavan) de la ville mettaient des habits en peluche pour nettoyer les citernes qui conservaient l’eau des qanâts, des sources et des rivières saisonnières. Ils faisaient sortir les boues du réservoir  grâce à une corde et à un treuil à travers l’un  des trous d’aération se trouvant sur le toit.

 

Bassin de l'eau sur le cheminement de Qanât et la citerne

                                                 Bassin entre qanât et citerne

L’eau de la citerne est-elle potable?

Le principe de gravité entraînait les substances solides présentes dans l’eau fond des bassins Ensuite on versait du sel et de la chaux sur la surface de l’eau, ce qui permettait d’éviter la putréfaction. Pour assurer la ventilation dans les citernes et ainsi conserver l’eau fraîche, le toit du réservoir était muni de trous d’aération ou de tours du vent. La ventilation et le passage du courant d’air à la surface de l’eau, la rafraîchissait en accélérant l’évaporation. Dans certaines régions, l’eau des citernes était tellement froide, à cause de cette ventilation faite par les tours du vent, qu’on avait du mal à la boire. Généralement, les citernes des régions désertiques étaient entourées de nombreuses tours du vent, comme la citerne Shish  Bâdguir à Yazd.

Ces exigences hygiéniques, malheureusement, n’étaient pas toujours respectées dans les citernes ou les birkas situées au bord du golfe Persique. Faute d’escaliers à part, des bouches d’aération autour du réservoir assuraient la ventilation et malgré l’humidité de l’air d’extérieur, il n’y avait pas de circulation d’air rafraichissante. Les gens lançaient leur seau par ces trous pour tirer de l’eau. Le contact physique de ces usagers avec l’eau du réservoir, ainsi que sa couverture partielle, favorisaient l’entrée du soleil et des poussières, ce qui provoquait la putréfaction de l’eau et la multiplication des micro-organismes aquatiques. Malgré tout, il était vital pour les habitants de s’en servir à cause du manque d’accès à d’autres sources d’eau.

L’architecture de la citerne est adaptée à sa fonction

Pour supporter le poids de la paroi, de la voute et la pression de l’eau dans le réservoir creusé dans le sol, la terre devait être solide. Ainsi, les citernes ont toujours été construites au-dessous du niveau du sol extérieur. Voici les 3 principes de base appliqués : 1) La construction du réservoir sur la terre nécessitait des murs d’appui assez épais pour supporter la pression de l’eau contenue au-dedans. ceci induisait des frais.. Alors que dans les citernes dont le réservoir est creusé dans la terre, le sol qui entoure, le réservoir le renforce contre la pression d’eau et les catastrophes naturelles à savoir les tremblements de terre.

Le mur de base de la citerne à Meybod

                                          Le mur de base de la citerne à Meybod

2)Le niveau bas du sol du réservoir facilite l’écoulement de l’eau du qanât et économise ainsi de l’énergie. 3) En étant stockée sous terre, l’eau des citernes et des réservoir subit moins les changements climatiques, elle ne gèle pas en hiver et elle reste froide en été.

Pour construire la citerne, le sol du réservoir creusé dans la terre au niveau souhaité, était recouvert d’un mortier formé d’un mélange d’eau, de terre et de chaux. Dans les réservoirs plus grands, le sol était couvert d’une couche de plomb pour résister à la pression de l’eau, ensuite on mettait des briques sur ce sol. Pour que l’eau ne soit pas impropre à la consommation, on couvrait la couche de plomb par enduit appelé saroudj. Il s’agissaitt d’un mortier spécial fait d’un mélange d’argile, de chaux, de cendres, de fibres de massette ou de poils de chèvre et de blancs d’œufs. Les murs étaient couverts de ce mortier et de briques rouges ou de briques construites spécialement pour les citernes, appelées ajor âb anbâri, qui sont résistantes à l’eau. En plus, pour que les murs ne se fendent pas sous la pression de l’eau, on versait de la terre derrière les murs.

La citerne dans les régions montagneuses

Le fait de trouver facilement des morceaux de pierre de formes irrégulières qui se détachaient lors de l’exploitation des carrières, à cause de leur faible résistance: La citerne dans les régions montagneuses ou les régions où l’extraction de la pierre ne coûtait pas cher, a favorisé la construction des murs et des coupoles avec ces matériaux naturels. La coupole était édifiée après la construction de la citerne et des murs.

Par exemple, la citerne Sardar-e-bozorg à Qazvin datant de la dynastie qâdjâr, ayant une capacité de 6000 mètres-cubes d’eau, inscrite au patrimoine national en Iran et l’un des plus grands réservoirs d’eau en Iran, est construite de la façon suivante : de la chaux est étalée sur la surface de tous les murs intérieurs de la citerne, de même que sur le fond, lequel est ensuite recouvert d’un mortier. L’escalier d’accès a été construit contre le mur le plus solide. Après avoir monté les murs, une voûte en berceau en brique a été édifiée. Dans les cas où le réservoir et l’escalier étaient construits accolés l’un à l’autre, on augmentait l’épaisseur du mur afin de compenser l’espace vide de l’escalier et assurer ainsi la résistance du réservoir à la pression de l’eau et aux tremblements de terre.

L’escalier ouvrant au fond sur un petit espace (pâchir) donne accès à un ou trois robinets forgés en cuivre jaune sous lesquels était installé un puits destiné à la collecte des eaux usées résultant du lavage du réservoir. Précisons que ces escaliers ont servi de lieux de refuge pendant la guerre l’Irak contre l’Iran. Parfois, l’escalier s’élève verticalement sur le réservoir. Ces escaliers sont toujours raides et droits, sans tournant, afin que la lumière puisse pénétrer jusqu’au bas de la citerne.

L’escalier d’entrée de la citerne au Bazar de Yazd

                            L’escalier d’entrée de la citerne au Bazar de Yazd

L’escalier de la citerne, appelé ratchineh dans la région de Yazd, peut être très long, avec des marches multiples et hautes comme dans les citernes Khâdjeh et Rigue, considérées parmi les citernes les plus grandes de Yazd.

bancs de pierre , couverts de briques à l'entrée de la citerne

                          Bancs de pierre recouverts de briques à l’entrée de la citerne

 

Pour faciliter la fréquentation des gens, on y avait installé des paliers pour que les gens s’y reposent. On y vendait des boissons telles que des sirops, du thé et du café.

L'entrée de la citerne sur le site des tours de silence

                            L’entrée de la citerne sur le site des tours du silence

L’entrée est bordée de bancs de pierre taillée permettant aux habitants d’y faire halte et d’échanger les nouvelles avant de remplir leurs cruches en terre cuite. Certaines des citernes sont munies de deux escaliers séparés qui peuvent aboutir à deux endroits différents, comme la citerne Khâdjeh, destinés aux différents groupes de la société : l’un aux zoroastriens et l’autre aux musulmans, comme celle de Shish Badgir à Yazd.

Le toit des citernes est le plus souvent en coupole, de forme sphérique. Mais dans les cas où l’on veut accéder au toit pour en profiter, comme pour la citerne Qavâm à Bouchehr, ou dans le cas où des citernes sont accolées à d’autres bâtiments comme une mosquée, une école ou un caravansérail, telle que la citerne Mirza Moqim à Kâshân, on remplace la forme sphérique du toit par une surface plate grâce à des arcs plus petits. Il est à noter que le toit en forme de coupole se refroidit plus facilement qu’un toit plat et il empêche les échanges de température avec l’extérieur.

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Rédacteur

Golrokh Bayat Maku

Etudiante en français, responsable administrative

Shaghayegh Mokhtari Hedesh
Traductrice

Shaghayegh Mokhtari Hedesh

Titulaire de master en français, Traductrice

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