Le cinéma iranien a parcouru un long chemain depuis sa naissance au 19 ème siècle à 2016.Lors d’un voyage en France en 1900, le chah d’Iran Mozaffaredin Shah, roi Qadjar, assiste à une projection de cinématographe. Passionné par ces images animées représentant des gens en mouvement, il décide d’en acquérir un.

Il ordonne immédiatement à son photographe en chef, Mirza Ebrahim Khan dont le titre est Akkas Bashi, d’en apprendre le fonctionnement en vue de l’offrir aux dames de son harem.

Ce dernier achète une caméra Gaumont en France. Il tourne un film à l’occasion d’un carnaval de fleurs qui se déroulait en Belgique à Ostende, ce qui a fait de lui le premier cameraman de l’histoire cinématographie d’Iran.

C’est le début de l’art cinématographique en Iran.

Le cinéma en Iran a été dès le commencement un loisir réservé à la Cour royale, contrairement aux pays occidentaux où il était un divertissement moins élitiste. Ainsi il ne présentait que les voyages du Shah, la vie des femmes dans le harem, la vie dans le palais et chez les princes, la procession du deuil de Hossein, lors de la fête de Achoura. Finalement, Mozaffareddin Shah décida de réaliser le premier film en persan, le sujet en était la vie des eunuques de la cour. Quelques années plus tard, la révolution constitutionnelle sort l’art cinématographique de ce lieu privé et il devient public.

Plusieurs salles sont construites afin d’y présenter publiquement des films. C’est en 1908 que la première annonce concernant le cinéma a été publiée dans les journaux. En fait, Mirza Ebrahim Khan Sahafbashi avait déjà inauguré une salle de cinéma située dans la rue Cheragh Gaz (actuellement Amir Kabir) à Téhéran et il y présentait des courts métrages comiques ou d’actualité d’au moins dix minutes.

Il avait des idées libérales et pour lui, les modes de pensées pouvaient évoluer grâce à ce nouvel art. C’est pour cela qu’il présentait des films reflétant ses idées, mais au bout d’un mois, la salle fut fermée et les équipements confisqués.

C’est à la suite du bombardement de l’assemblée par les forces de Mohamad Ali Shah Qadjar que des révolutionnaires et des membres de la cour, deux forces opposées aux idées éloignées, occupèrent et utilisèrent les cinémas pour leur propagande.

A l’origine, les salles publiques de cinéma ont été construites par les minorités religieuses et par des étrangers. En 1908, Rusi Khan, originaire de Russie, a été le premier à inaugurer une salle de cinéma située dans la rue Allaodowleh (actuellement Ferdowsi), à Téhéran, présentant le film importé ’’Vive la Russie’’ (Zendeh bad russieh) relatant la guerre entre la Russie et le Japon.

Malgré les demandes des Iraniens, il n’y présentait que des films qui étaient pour la plupart importés de Russie ou qui soutenaient ce pays. La communauté russe vivant en Iran approuvait ces choix, notamment Liokhoff, mais Rusi Khan émigra finalement en France à la suite de la chute de Mohammed Ali Shah.

En 1912, Ardeshir Khan, arménien d’origine, a été le seul à populariser le cinéma en Iran comme de nos jours, en ouvrant une salle de cinéma dans la rue Allaodowlleh où des séries comme ’’Tarzan ’’ étaient projetées. D’autres mesures importantes ont aussi permis de populariser le cinéma telles que le recours à un traducteur pour sous-titrer en persan les films étrangers, l’accompagnement des films parde la musique jouée par un groupe de musiciens et la mise à disposition de rafraichissements pour les spectateurs.

L’inauguration d’une salle destinée aux femmes, préparant le terrain pour les laisser entrer dans d’autres cinémas, ont été l’une des diverses mesures prises dans le but d’augmenter le nombre de spectateurs. Le cinéma n’a pas beaucoup évolué jusqu’à la fin de l’époque des Qadjar, c’était un divertissement réservé à des minorités.

C’est dans les années 1930 que Avanes Ohanian réalise le premier film de long métrage de style narratif «Abi o Rabi». Il marque un tournant de l’histoire du cinéma iranien. Il a été porté à l’écran dans le cinéma Mayak situé à Téhéran.

Avanes Ohanian a fondé à cette époque la première école du cinéma iranien nommée «La maison d’éducation artistique du cinéma» (Parvareshgah_e Artisti_e sinéma). Son second film ’’Hadj agha aktor_e sinéma’’ (Hadji agha acteur de cinéma) n’a pas eu de succès commercial.

A la suite de l’invention du cinéma parlant, la production de films parlants a été progressivement expérimentée par les artistes iraniens. L’hiver 1933, la présentation du premier film parlant ’’La fille Lor’’ (Dokhtar-e lor) réalisé par Abdolhossein Sepanta dans les cinémas Mayak et Sépah, a été un succès.

 

Rouhangiz Saminejad jouait le premier rôle, c’est pour cela qu’elle est considérée comme la première actrice iranienne. Elle s’est produite ensuite dans un autre film «Shirin o Farhad» (Shirin et Farhad) mis en scène par ce même réalisateur. Critiquée par son entourage, Saminejad renonça à jouer dans des films et elle se retira du monde.

En 1970, se produisant dans un film documentaire «Le cinéma iranien de sa naissance jusqu’à Sepanta», Saminejad a évoqué les difficultés qu’elle avait rencontrées en tant qu’actrice. Née en 1916 à Bam, elle meurt en 1997.

Le film «Gerdab» (Tourbillon), réalisé et scénarisé en 1953 par Hassan Kheradmand et joué par Naser MalekMotie, est le premier film en persan à être en couleur. Il avait été envoyé aux États-Unis pour la colorisation.

Au début des années 50, le nombre de films en persan a doublé et le cinéma était devenu un divertissement populaire. De même, le nombre de salles de cinéma augmentait à Téhéran et dans d’autres provinces.

D’autres événements sont à mentionner tels que la réalisation par une femme Shahla Riahi du film «Marjaan», présenté à l’occasion du premier festival du cinéma connu sous le nom de «Golrizan».

 

Ayant culminé dans les années 60, le cinéma farsi (persan), fondé dans les années 50, produisait annuellement de 25 à 70 films dont la plupart étaient comiques, reprenant des récits populaires avec des éléments tels que danses et chansons, fuites et poursuites, bagarres etc. Les producteurs se souciaient surtout d’attirer le plus de spectateurs, au détriment de la qualité.

 

Grâce à l’émergence de nouveaux cinéastes, attirant l’attention des critiques, ces années peuvent être considérées comme les signes avant-coureurs du cinéma iranien moderne. Cette période a été marquée par des cinéastes tels que Farrokh Ghaffari, Davoud Mollapoor, Ebrahim Golestan.

La sortie de deux œuvres «La vache» (Gaav) de Dariush Mehrjui et «Queysar» (César) de Massoud Kimiaei, marquent un tournant dans le cinéma iranien et sont à l’origine de nombreux changements structuraux.

 

A cause de l’existence de productions commerciales, amusantes et superficielles portées à l’écran, les films ci-dessus mentionnés, tout en étant accueillis favorablement par les critiques et tout en inspirant quelques années plus tard d’autres réalisateurs, n’attiraient pas l’attention du public.

A partir de la révolution islamique, le cinéma iranien a connu des changements fondamentaux, comme tous les autres domaines artistiques. Les films ont traité de sujets révolutionnaires, religieux et idéologiques. Bien des réalisateurs n’adhérant pas à cette ligne ont renoncé à produire des films ou ont émigré.

 

Le film ‘Faryade Mojahed’ (Le cri d’un soldat de la guerre sainte) réalisé par Mehdi Ma’danian, a été le premier film du cinéma post révolutionnaire à être porté à l’écran en 1980. Dans les années 80, la troisième génération de cinéastes, s’appuyant sur l’expérience et la science, a eu pour objectif d’améliorer la qualitédes films.

 

Après la révolution islamique, des organismes ont été créés afin de promouvoir la qualité des films, le développement de l’industrie du cinéma et favoriser des cinéastes. Il s’agit de l’Organisation du développement du cinéma de Sureh (Sazman-e Tose’eh-esinemā’i–e Sureh) dépendant du département artistique de l’organisation de la propagande islamique et de la Fondation du cinéma Farabi (Bonyād-e sinemā’i-e Fārābi). En 1983, cette fondation a été créée dans le but de modifier les thèmes abordés par le cinéma iranien, à la période du filmfarsi (persan) et durant celle du cinéma post révolutionnaire.

 

En 1981, l’Organisation du développement du cinéma de Sureh (Sazman-e Tose’eh-esinemā’i–e Sureh) commençait ses activités et depuis 2000, elle est chargée de l’organisation de toute la filière cinématographique nationale, du développement du cinéma, du contrôle des œuvres, de la réglementation, de la délivrance des visas d’exploitation, de la sortie des films à l’étranger et du contrôle des salles de projection. Elle possède plus de 80 salles de spectacles dans 19 provinces et a produit plus de 60 œuvres dignes d’intérêt.

 

Créé en 1982, le Festival du film Fajr (Jashnvareh –e film –e Fajr) est l’un des plus importants d’Iran. Il se tient tous les ans du 1er au 10 février à l’occasion de l’anniversaire de la révolution islamique. Le film «Simorgh de cristal» (L’oiseau légendaire) de Shahnameh Ferdowsi été récompensé lors de ce festival.

 

C’est en 1971 que le premier prix international du festival du film de Chicago a été attribué à Ezatollah Entezami pour son rôle principal dans le film «La vache» (Gaav). Jamshid Mashayekhi a obtenu en 1987 le prix du meilleur acteur du cinéma post révolutionnaire au festival du film des pays non-alignés de Pyongyang en Corée du Nord pour son rôle dans le film «Grand-père». Fatemah Motamed-Aria, a remporté 11 prix en tant qu’actrice. Elle est l’actrice iranienne ayant reçu le plus de récompenses internationales.

 

Au cours des 50 dernières années, sur un total de 203 récompenses dans le domaine du cinéma iranien, 70 l’ont été pour les femmes et 61 pour les hommes. Les récompenses les plus prestigieuses de l’histoire du cinéma iranien ont été remportées au Festival International de Cannes.

 

La palme d’or du meilleur film a été attribuée en 1997 au film «Le goût de la cerise» (Ta’me Gillass) d’Abbas Kiarostami, l’oscar et l’Hugo d’or du meilleur film étranger ont été attribués en 2012 à «Une séparation» (Jodaeiye Nader az Simin) de Asghar Farhadi.

 

Le prix du meilleur scénario en 2016 a été reçu par Asghar Farhadi pour «Le Client» (Forushandeh) et la palme d’or du meilleur acteur à Shahab Hosseini pour son rôle dans ce film.

 

On peut également nommer parmi les grands réalisateurs du cinéma iranien: Ali Hatami, Abbas Kiarostami, Massoud Kimiaei, Asghar Farhadi, Rakhshan Bani-Etemad etc.

 

Les acteurs iraniens ayant eu beaucoup de succès sont: Ezatollah Entezami, Ali Nassirian, Fatemah Motamed-Aria, Leila Hatami, Shahab Hosseini. La présence des acteurs et des réalisateurs iraniens dans les jurys est également remarquable.

 

On peut mentionner parmi eux, Abbas Kiarostami, Niki Karimi, Leila Hatami et Asghar Farhadi. Jusqu’à la fin de l’année 2016, il y avait 147 projets de films ayant des sujets variés à diverses phases de production et de commercialisation.

Rédacteur

Golrokh Bayat Maku

Etudiante en français, responsable administrative

Mitra Jafari
Traductrice

Mitra Jafari

Titulaire d'un master de français

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