arrow-down

Le développement du Bazar de Téhéran  au cours des deux derniers siècles

 

Le complexe historique du Bazar de Téhéran est un centre commercial et économique essentiel situé au centre de la capitale. Son architecture primitive date de l’ère du Chah safavide Tahmâsp au 16ème siècle. Puis il s’est étendu à l’époque de Nasseredin Chah, quatrième roi des Qadjars, dans la deuxième moitié du 19ème siècle avec de nombreuses boutiques et allées, constituant un véritable labyrinthe.

Durant la période de la révolution constitutionnelle (1906-1909) jusqu’à la fin du règne des Qadjars, le bazar de Téhéran a été le plus grand bazar du pays et à l’origine de la très grande majorité des mouvements politiques, économiques et sociaux ayant secoué le pays. Peu à peu, les classes moyennes et riches ont abandonné lentement le bazar couvert de Téhéran et elles se sont installées dans les quartiers rénovés lors de la réhabilitation des villes à l’époque de Reza Chah, le fondateur de la dynastie Pahlavi. Mais cela ne déprécie nullement l’importance du grand bazar de Téhéran qui reste le cœur commercial et économique de la ville. Ce bazar est entouré par les rues Molavi au sud, Mostafa Khomeini à l’est, Panzdahe Khordâd au nord et Khayyâm à l’ouest.

 

L'entrée du bazar de Téhéran

                                                    L’entrée du bazar de Téhéran

L’entrée du bazar est remarquable avec son magnifique portail. Il se termine, côté sud par la seule partie résidentielle d’un square nommé “Sabze Meydan”, crée sous la dynastie Zand et au début de l’ère des Qadjars.La rénovation de ce square a été menée par Amir Kabir, vizir de Nasseredin Chah, puis par Haj Hajeb-al-Dowleh. Les parties anciennes du bazar ont un plafond en forme de voûtes et de dômes dans lesquels des petites fenêtres ont été percées, permettant à la lumière de pénétrer.

La place devant l'entrée du Bazar de Téhéran

                             La place devant l’entrée du Bazar de Téhéran

Les alentours du Bazar de Téhéran

Malgré les dommages successifs subis au cours du temps, le grand bazar de Chahar Sough où possède un espace octogonal situé à l’intersection de deux allées principales recouvert d’un dôme agrémenté de moulures qu’il est intéressant de visiter. D’ailleurs, le complexe historique du bazar de Téhéran a été enregistré sur la liste du patrimoine national du pays.

Il existe deux mosquées importantes dans le bazar. La Grande mosquée de Téhéran ou mosquée d’Atigh était la Grande mosquée de Téhéran jusqu’à la révolution islamique de 1979. Il n’y a pas d’informations exactes concernant la date de sa construction, mais l’architecture de ses différentes parties prouve que son édification s’est étalée dans le temps.

L’autre mosquée est la mosquée de l’Imam Khomeini (ex-mosquée du Chah ou mosquée Sultani, construite par Fath Ali Chah, souverain Qadjar). Sa construction a été achevée en 1825, mais des travaux ont été effectués à l’époque de Nassereddin Chah. Cette mosquée comme celles d’Ispahan et de Qazvin font partie des grandes mosquées de l’Iran. Son plan est celui de la mosquée Vakil à Chiraz. Ces deux mosquées sont considérées comme les plus beaux monuments historiques religieux de la capitale.

Le complexe-palatial du Golestân (la citadelle royale) est l’un des monuments historiques de la capitale situé près du bazar de Téhéran.

La tour de Shams ol Emaré, Palais Golestan,à coté du Bazar

               La tour de Shams ol Emaré, Palais Golestan, à côté du Bazar

Le Tekiyeh de Dolat au bazar

L’allée Tekiyeh de Dolat dans le bazar est l’ancien lieu d’un tekiyeh dont il ne reste plus rien aujourd’hui. Ce tekiyeh avait été construit sous le règne de Nassereddin Chah, car en ce temps-là, les plus vastes tekiyehs de Téhéran (Tekiyeh d’Haj Mirza Aghassi et tekiyeh d’Abbas Abad) n’avaient plus la capacité nécessaire pour organiser les représentations théâtrales ou taziyeh mettant en scène le martyre de l’Imam Hossein. Ce bâtiment était situé au sud-est du palais du Golestân et au sud-ouest de Schams-ol Emareh, en face de la mosquée du Chah. Auparavant, le dépôt gouvernemental y était installé. Le tekiyeh de Dolat avait trois entrées : celle pour les hommes, celle pour les femmes et la troisième entrée était un couloir détourné emprunté par le roi.

A cette époque-là, participer aux cérémonies religieuses incluant les cérémonies de deuil du mois de mouharram dans le tekiyeh de Dolat ou tout autre tekiyeh de la ville était une occasion de sortie à l’extérieur de la maison pour les femmes. Néanmoins, les hommes jouaient tous les rôles, même les rôles féminins. L’un des événements importants qui s’est passé au tekiyeh de Dolat a été la formation de l’assemblée constituante qui a évincé Ahmad Chah en 1925 et a désigné Reza Chah comme roi. Après la révolution constitutionnelle, le tekiyeh de Dolat a perdu de sa valeur et de son utilité. Avec la pénétration de la culture et de l’art occidentaux et l’apparition du théâtre moderne en Iran, les représentations théâtrales ou tazieh ont perdu de leur importance. C’est ainsi que le plus grand théâtre de l’histoire d’Iran a été abandonné et qu’en 1946, il a été détruit pour construire à la place la banque Melli sur toute sa surface.

La décoration du plafond de Sérail, Bazar de Téhéran

                         La décoration du plafond du Sérail, Bazar de Téhéran

Le sanctuaire de l’Imâmzâdeh Zayd dans le Bazar de Téhéran

Le sanctuaire de l’Imamzadeh (tombe d’un descendant d’imam) Zayd est l’une des autres attractions touristiques aux alentours du bazar de Téhéran ; celui-ci est située dans la rue de Panzdah-e Khordad, au bout du bazar des merciers au sud et à proximité de deux stations de métro : Panzdah-e Khordad et Khayyam. En étudiant la tombe, on peut affirmer qu’elle a été construite avant la dynastie des Safavides. Mais certains croient que ce monument appartient à l’époque de la dynastie Zand. Divers éléments comme l’Iwan, le porche, le dôme Do Pouché (à deux parois) et d’autres ont été ajoutés sous Fathali Chah et Nassereddin Chah. Lotf Ali Khan, le dernier roi de la dynastie Zand, assassiné par Agha Mohammad Khan Qadjar, a été enterré à côté de cette tombe. De nos jours, il ne reste plus qu’un espace vide avec une porte donnant sur le bazar des merciers. Ce sanctuaire a été enregistré par le ministère de la culture et de l’art sur la liste des monuments nationaux de l’Iran en 1936.

Les découvertes archéologiques au bazar de Téhéran

En 2014, des pièces argileuses ont été trouvées sous terre au cours de travaux sur le réseau des égouts. Une étudiante en archéologie s’y est intéressée. C’est ainsi qu’elle a émis l’hypothèse qu’un site historique venait d’être découvert. Grâce à son insistance et à ses efforts, des fouilles ont été réalisées. Un squelette a été découvert à 4 mètres sous terre. Ce squelette est celui d’une femme âgée de 7000 ans. Un récipient en bon état, ainsi que quelques pièces en argile et en pierre ont été trouvés aux alentours de ce squelette. Toutes ces œuvres sont actuellement au musée du Louvre pour étude. En 2015, un deuxième squelette a été exhumé, ainsi que des objets de l’époque islamique (Safavides et Kadjars) et préhistorique. Des éléments de canalisation d’eau provenant d’un aqueduc de la période islamique ont été découverts à une profondeur de 6.5 mètres de la surface de la rue.

Le musée des «Joyaux nationaux» qui se trouve dans le grand bâtiment central de la banque Melli, est à une distance de 4 kilomètres au nord du bazar. Il réunit une collection de bijoux et de pierres précieuses et semi-précieuses unique au monde. Elle s’est constituée au cours des siècles et elle retrace l’histoire de la Perse et ses péripéties. Les divers souverains safavides sont allés récupérer dans divers pays les joyaux éparpillés afin de reconstituer le trésor royal. L’évaluation de cet ensemble n’est pas possible, même par les plus habiles experts du monde. Cette collection est inestimable.

Le bazar de Téhéran et la révolution constitutionnelle

Le bazar de Téhéran a joué un rôle très important dans la révolution constitutionnelle. Le conflit a commencé sous la dynastie des Kadjars. Il s’est intensifié à l’époque de Nassereddin Chah et il a atteint son paroxysme sous Mozaffareddin Chah. D’une part, le gouvernement avait augmenté les taxes dans le but de faire face aux dépenses élevées de la cour comme les voyages à l’étranger du roi et de la cour et avait mis en place des droits de douane lourds pour l’exportation des produits iraniens.

D’autre part, l’entrée de produits venant de l’étranger et l’arrivée de compagnies étrangères ayant pour objectif de s’emparer du bazar, a provoqué la colère des marchands ou bazaris qui se sont sentis menacés, craignant de perdre leur liberté commerciale et leurs bénéfices financiers. Ces commerçants ont pris alors conscience de leur rôle dans l’économie du pays et ayant eu l’expérience de la révolte du tabac, ils ont compris que s’ils étaient unis, ils pourraient non seulement s’opposer à la cour, mais aussi ils pourraient combattre l’influence des étrangers dans le pays et en particulier dans les bazars intérieurs.

Ils sont apparus comme une force sociale efficace, d’autant plus qu’ils étaient en relation étroite avec d’autres institutions importantes de la société, en l’occurrence le clergé. Cette alliance forte entre bazaris et clergé s’est avérée déterminante à cette période et ultérieurement, d’ailleurs. La proximité géographique et la dépendance entre la mosquée et le bazar ont créé cette relation étroite vivante. A l’époque des Pahlavi, la politique du chah consistant à moderniser le pays à la mode occidentale et à supprimer des groupes religieux, notamment ceux représentant les marchands du bazar ont bien rapproché ces deux institutions. Cette alliance a fait que le bazar a joué un rôle très important du point de vue financier, économique et même politique et a été, de fait, une institution conservatrice. De par sa situation dans la ville et le fait que beaucoup de personnes y travaillent, le bazar a eu une place considérable dans le déclenchement des manifestations publiques.

En effet, les marchands possédaient environ mille magasins et ils communiquaient avec une large population, donc ils fermaient le bazar à l’occasion d’un évènement spécial et ils se rassemblaient dans les mosquées. La fermeture du bazar provoquait l’insatisfaction des gens et l’opposition au gouvernement. Les manifestations publiques se développaient alors. Les mosquées étaient les seuls lieux de mobilisation des marchands en alliance avec d’autres groupes pour se rassembler, discuter des décisions du gouvernement et s’opposer au régime. En soutenant les révolutionnaires, le bazar ajoué un rôle important d’un point de vue économique en prêtant des fonds sans intérêt aux membres du bazar ou aux mosquées et en mettant en place des dispositifs pour secourir les marchands. Les associations islamiques agissaient de même et faisaient partie du réseau des associations socio-économiques du bazar.

Le porteur des marchandise, Bazar de Téhéran

                                Porteur de marchandises, Bazar de Téhéran

Comment se rendre au bazar ?

Les taxis transportent les clients de points différents de la ville jusqu’au bazar. Mais la solution la plus facile et la plus économique pour accéder au bazar de Téhéran est d’utiliser le métro. La plus proche station de ce grand bazar est la station Panzdah-e Khordad sur la ligne 1. Le bazar de Téhéran est situé à la limite du plan de circulation mis en place depuis quelques années dans le centre-ville. Considérant la population de Téhéran (8 millions d’habitants intra-muros, 15 millions avec l’agglomération), la police de Téhéran a en effet limité la circulation à certaines heures dans le centre-ville. Selon ce plan de circulation, l’utilisation de tous les moyens de transport est interdite, sauf pour les transports en commun, les véhicules de secours, les véhicules militaires et de police ainsi que ceux possédant l’autorisation d’entrer dans le centre-ville.

C’est ainsi que les véhicules ayant un chiffre pair à droite de leur plaque d’immatriculation peuvent circuler les jours pairs (samedi, lundi, mercredi) et les véhicules portant un chiffre impair ont l’autorisation d’entrer à la limite du centre-ville les jours impairs (dimanche, mardi, jeudi). Mais ce plan de circulation (chiffres pairs et impairs) n’est pas en vigueur de 17h à 6h30 du samedi au mercredi, de 13h à 6h30 le jeudi, le vendredi, les jours de congés et du 18 mars au 4 avril. Le plan ci-dessus est activé par contre les jours de pollution entre 6h30 et 19h.

les rues d'autour de Bazar de Téhéran

                                           Une rue proche du Bazar de Téhéran

Le prix des magasins au bazar de Téhéran

Les magasins du bazar de Téhéran sont parmi les magasins les plus chers de la capitale. Leur prix est fonction de leur surface et du prix de leur location. En plus, la détermination du prix ne suit aucune règle. Les magasins les moins chers s’échangent au prix de 20 millions de tomans le mètre-carré, mais il existe aussi des magasins dont chaque mètre-carré vaut 500 millions de tomans. A cause de ces prix très élevés, l’achat et la vente des magasins ne sont pas courants. Louer un magasin coûte aussi très cher. Certains loyers peuvent atteindre 15 à 20 millions de tomans par mois.

Les articles liés

Le bazar et ses éléments architecturaux

Faire connaissance avec Téhéran

Vie dans le Bazar

Fast food au Bazar de Téhéran

Neda Hamidizadeh
Traductrice

Neda Hamidizadeh

Titulaire d'un master de français

avatar
Search in site
Scroll Top