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Né en 980 près de Boukhara, ville située autrefois dans la région de Khorasan, actuellement en Ouzbékistan, Avicenne appartient au monde de la culture perse. Bien connu dans le monde entier pour ses œuvres sur la médecine et la philosophie, il était également compétent dans d’autres sciences telles que les mathématiques, l’astronomie…

Vagabond, toujours en déplacement d’une région à l’autre, il s’installa finalement à Hamadān, l’ancienne Ecbatane, capitale des Mèdes (850-650 av. JC.). Sa vie a été dominée par une curiosité intellectuelle insatiable. En rébellion contre les émirs de sa région, il fit preuve, dès sa naissance, d’un génie impressionnant qui lui permettra de découvrir le monde et d’aller vers les autres.

La religion et l’étude de la jurisprudence ne l’avaient aucunement privé d’avoir un esprit ouvert. Attiré par la métaphysique, il découvrit la philosophie de Socrate et devint un philosophe péripatéticien. Bien que la jalousie des princes ou même des nobles superficiels des cours des émirs lui ait causé des soucis dans sa vie privée ou publique, il n’a jamais raté une occasion d’utiliser ses connaissances et de les mettre au service, de temps en temps, des rois. La lecture de sa vie va nous permettre d’avoir une vision claire de cette personnalité si mystérieuse et curieuse. Merci d’avance pour votre attention. N’oubliez pas de nous envoyer comme toujours vos commentaires enrichissants.

 

Né en 980 à Afshéna, près de Boukhara[1], Avicenne[2] est connu des Européens comme le génie de l’Orient et les Orientaux eux-mêmes lui donnent comme titres : « La preuve de Dieu » et « Le prince des savants »[3].

Sa vie et ses études

A la fin du Xe siècle, l’Iran, dépourvu d’un Etat central, vivait sous un système féodal avec 5 dynasties[4] en parallèle. Sa vie d’errance durant toute sa carrière est donc le résultat inévitable de cette situation. Il est mort en 1037 à Hamadān sous les Bouyides (932-1055) dans la maison de son ami[5] Abou Saeid Dakouk où il est d’ailleurs enterré.

Avicenne était très intelligent et actif. Etant très précoce, son père qui avait un poste administratif à la cour du prince[6] samanide[7], l’envoya à Boukhara où il reçut une formation courte sur le Coran, la littérature et les sciences. Très tôt, Avicenne, grâce à sa précocité, surpassa ses professeurs. Il fut confronté à des erreurs commises par ces derniers et des difficultés auxquelles il apportait ses propres solutions.

Une anecdote nous prouve son génie dès son enfance : il n’avait qu’un an quand sa mère perdit ses boucles d’oreille. Quelques années plus tard, Avicenne affirma que les boucles d’oreille avaient été volées par un corbeau. Ayant recherché le nid de l’oiseau, il les y trouva.

Esprit particulièrement curieux et éclectique, il fait preuve dès son plus jeune âge d’une intelligence supérieure. Dès le début de sa formation en philosophie, il acheta un ouvrage intitulé « Commentaires sur Aristote » qui lui permit de comprendre l’œuvre complexe de cet auteur.

S’étant intéressé aux études religieuses, il se lança dans une formation solide sur la jurisprudence et la philosophie auprès de certains Oulémas[8] réputés de son temps. Il consacra tout son temps à la lecture des œuvres philosophiques. Il lisait toute la nuit de sorte qu’il tombait de sommeil, épuisé. Réveillé dès l’aube, il reprenait ses lectures. Lorsqu’il rencontrait une difficulté de compréhension, il s’en référait à Dieu en priant !

Tout au début de sa formation en philosophie, il découvrit « Métaphysique », l’œuvre majeure d’Aristote qui fut ainsi son premier maître. Mais ce texte était difficile à comprendre, il n’arrêtait pas de le lire et de le relire plusieurs fois, sans réussir à en comprendre les diverses notions. Un jour sur le marché à Boukhara, il trouva chez un bouquiniste un livre qu’il acheta à vil prix.

Il s’agissait des « Commentaires sur Aristote », livre dans lequel Al-Fârâbî[9], son second maître, essaie d’interpréter ses idées. Ainsi, grâce à cet ouvrage, il réussit à comprendre l’œuvre d’Aristote.

Peu de temps après, il s’intéressa à la géométrie et aux mathématiques.  Quand il eut fini d’étudier le Coran, la littérature, la jurisprudence, la géométrie et les mathématiques, il commença à se passionner pour la médecine et à s’occuper de malades. Ainsi, il approfondit la médecine, très sommaire à cette période, il devint très rapidement le maître dans cette discipline et il enseignait aux autres médecins.  A l’âge de 18 ans, un événement le rendit célèbre.

En 997, le roi samanide, Nuh ibn Mansour, eut une grave maladie. Les médecins de la cour étaient incapables de le guérir. Avicenne, le médecin le plus célèbre du royaume des Samanides, fut appelé. Son diagnostic fut que le roi avait été l’objet d’une tentative d’assassinat consistant en un empoisonnement progressif par ses fils, ceux-ci voulant que la mort de leur père apparaisse naturelle.

 

Peu de temps après, il s’intéressa à la géométrie et aux mathématiques.  Quand il eut fini d’étudier le Coran, la littérature, la jurisprudence, la géométrie et les mathématiques, il commença à se passionner pour la médecine et à s’occuper de malades entre autres des rois et des princes qu’il guérit.

Le prince samanide, guéri par Avicenne, lui accorda la permission de fréquenter la grande bibliothèque royale où il trouva des livres dont la majorité était non seulement inconnus, mais encore jamais lus par lui. Il les étudia presque tous.

Il devint de plus en plus célèbre et cela arriva aux oreilles du Sultan Mahmoud dont la cour était pleine de scientifiques et de grands savants. Il voulut qu’Avicenne en fasse partie, sans savoir qu’il était encore un enfant.

La mort du roi samanide[10] ouvrit une période d’instabilité sous ses successeurs. Peu après, Avicenne perdit son père. La défection de ces deux soutiens le perturba et provoqua chez lui de l’inquiétude. Désormais, il était trop difficile pour lui de résider à la cour des Samanides et il débuta sa vie de vagabond. Il quitta Boukhara pour Khârezm dont les rois, contrairement aux Ghaznévides, étaient pourvus d’un savoir fascinant.

Il n’eut jamais envie d’aller vers les Ghaznévides. Cela ne résultait pas de ce qui se passait sur la scène politique où un roi ghaznévide prit la suite des Samanides. Avicenne, ismaïlien comme son père, se présentait comme un chiite duodécimain tandis que le roi ghaznévide était un sunnite fanatique. Il était très dur avec les non sunnites car pour lui ils étaient comme les Qarmates [11]

Au lendemain de la mort du roi samanide, il débuta sa vie de vagabond : une itinérance qui commença à Boukhara, se poursuivit à Kharazm, Gorgan, Rey et Ispahan pour s’achever à Hamadan où il s’installa.

En fait, depuis sa jeunesse, le roi ghaznévide Mahmoud, fasciné par le savoir et les connaissances scientifiques d’Avicenne voulait à tout prix l’inviter à sa cour. Cela n’eut jamais lieu car les envoyés du roi ne trouvaient chaque fois qu’un garçon (Avicenne), apparemment pas sérieux, ils retournaient donc seuls à la cour. Mais au moment du déclin des Samanides, tout changea.

Au lendemain de la mort du dernier roi samanide et étant donnée la faiblesse de ses successeurs, des rebelles envahirent l’empire sassanide. Les nouveaux dirigeants étaient incapables de garder l’intégrité de leur royaume. C’est ainsi qu’ils se tournèrent vers les Ghaznévides afin d’obtenir leur aide, ce qui créa une occasion d’intervention directe et indirecte dans les affaires intérieures des Samanides. Cela prit une telle ampleur que les Ghaznévides occupaient en 1004 la moitié du royaume des Samanides.

Avicenne, craignant d’être livré aux Ghaznévides contre une somme importante, à cause de la dépendance des Samanides, se rendit par précaution au Khârezm. Il craignait également un compromis avec d’autres principautés de la région. Khârezm était dirigé par un roi[12] amoureux des sciences et de la littérature, c’était donc pour lui un bon choix. Il arriva en 1012 au Khârezm où il resta tant que cela fut possible.

Avicenne, conscient de la politique guerrière de Mahmoud contre ce royaume quitta Khârezm en 1013, avant l’arrivée de Mahmoud en 1017. Il se dirigea alors vers Gorgān où Qâbûs, le roi des Ziyarides était réputé être ouvert à la science. Mais Qâbûs, victime d’un complot de ses colonels, fut fait prisonnier et il mourut dans sa geôle.

Les Buyides et Avicenne 

Sauvé de Mahmoud, il arriva à Rey[13] en 1014 où il guérit le prince[14] de la mélancolie. Après un petit séjour à Rey, il se rendit à Hamadān, deuxième capitale politique des Buyides[15] (la première étant toujours Rey) qui était à l’abri des Ghaznévides. Ces derniers n’arrêtaient pas d’élargir leur royaume. Ainsi le lendemain de la division du territoire des Buyides entre les deux fils [16] de Fakr ad-Dawla, lesquels étaient toujours sous la tutelle de leur mère, Malek Khatoun, Avicenne partit pour Hamadān. Mais finalement, les Ghaznévides conquirent Rey en 1029.

Très respecté, Avicenne fut honoré par le roi buyide qui avait été guéri de sa maladie chronique, la colique. Ce dernier l’aimait beaucoup et il le nomma vizir.

Occuper ce poste ne lui porta pas chance. Suite à la faillite économique, les commandants de l’armée désignèrent Avicenne comme la cause principale de cette mauvaise gestion financière. Ainsi entrés par force dans sa résidence, ils pillèrent tout ce qu’ils y trouvèrent. Le roi se trouva donc contraint de le congédier, mais peu de temps après, le retour de la maladie, la colique, l’obligea à renommer à nouveau Avicenne comme vizir en 1021.

A la suite d’une guerre entre les Buyides[17], le vizir du successeur[18] accusa Avicenne de s’être compromis avec les ennemis[19]. Il fut incarcéré quatre mois dans la forteresse de Hamadān.

Libéré en 1024, lors de la conquête de Hamadān par un autre roi buyide, il se rendit à Ispahan. Il accompagna le roi pendant toutes ses expéditions. Mais au retour de l’un de ces voyages, la maladie revint et il pensa alors que Dieu ne voulait plus le guérir. Le traitement fut inutile. Il mourut quelques jours après à Hamadān et il fut enterré à côté d’Abou Saeid Dakhouk.

 

Connu surtout comme médecin en Occident, il est considéré plutôt comme philosophe en Orient. Sa doctrine théologique et philosophique est basée sur celle d’Aristote : la logique et la raison passent avant l’âme et l’intuition, ce qui contredit la philosophie platonicienne dans laquelle la raison n’est pas suffisante et où la révélation est nécessaire.

Avicenne et les sciences 

Le monde occidental connait surtout Avicenne comme médecin, en Orient il a une image différente : celle de philosophe. De fait, ses œuvres dépassent bien ces deux domaines de la science. Sa vie nous montre qu’il a commencé ses études par la religion et la philosophie et s’est achevée par la médecine.

La philosophie

Avicenne, reconnu comme un grand médecin en Occident,  maitrisait la philosophie aussi bien que la médecine. Il était un philosophe péripatéticien. Le fondement en est la doctrine théologique et philosophique d’Aristote pour lequel la logique et la raison passent avant l’âme et l’intuition, de sorte que l’on parle de rationalisme. Cela contredisait la philosophie platonicienne où la raison n’est pas suffisante et où il faut la révélation. C’est pourquoi la philosophie islamique est représentée par deux courants : celui basé sur celle d’Avicenne et la philosophie illuminative basée sur la philosophie platonicienne dont le fondateur est Suhrawardi[20].

Ainsi, le mysticisme s’oppose au rationalisme d’Avicenne qui sera accusé d’être un philosophe que la raison a rendu aveugle, ce qui veut dire incapable de discerner la vérité. Khayyâm, grand philosophe péripatéticien et mathématicien du XIe siècle, reconnaissait Avicenne comme son maitre car son influence a marqué sa carrière philosophique et scientifique. Khayyâm le vénérait tant qu’il était en train de lire son œuvre philosophique (Ash-Shifâ) au moment de sa mort.

La philosophie d’Avicenne est proche de celle de Descartes[21] résumée dans la formule : « Je pense donc je suis ». Ce dernier se référant au rationalisme, demande à chacun de douter et de tout questionner. Avicenne également était convaincu de l’importance du rationalisme.

Le fait qu’Avicenne précédait Descartes d’au moins 7 siècles, met en relief et en valeur ses propres connaissances en comparaison de celles de Descartes.

 

Compétent en géométrie, il maitrisait aussi parfaitement les sciences anciennes ainsi que l’arithmétique, le calcul, l’algèbre, l’astrologie et la musique. Mais il plaçait la philosophie au-dessus des autres sciences.

La géométrie, la mathématique et l’astrologie

En géométrie, il a apporté de nouvelles théories inventives qui n’existaient pas auparavant. Il maitrisait parfaitement les sciences anciennes ainsi que l’arithmétique, le calcul, l’algèbre, l’astrologie et la musique. Mais pour lui, comme pour Aristote, son maître, ces sciences étaient faciles et la philosophie était au-dessus des autres sciences. C’est pourquoi il y consacrait beaucoup plus de temps que pour les autres sciences.

La médecine

Pour lui, la médecine était un moyen d’entrer dans les cours des rois. Dès 18 ans, il se lança dans le traitement des rois. Tout au début, il guérit le roi samanide. Ensuite, son séjour chez les Buyides, lui donna l’occasion d’intervenir pour traiter deux maladies la mélancolie[22] et la colique[23] dont étaient atteints deux rois buyides. Le premier était dans un état d’esprit surprenant, il ne mangeait rien et ne prenait aucun médicament. Il se prenait pour un bœuf. Adoptant une méthode spéciale, Avicenne fit semblant   d’appeler un boucher. Ensuite il se déguisa en boucher, Il attacha les mains et les pieds du roi et se mit à aiguiser son couteau, comme s’il voulait égorger le bœuf. Mais il déclara que le bœuf était trop maigre et qu’il lui en fallait un gros et donc qu’il fallait manger. Le roi accepta de manger petit à petit les aliments dans lesquels Avicenne avait mêlé les médicaments. Ainsi, au bout d’un certain temps, le roi fut guéri.

Le cas du traitement d’un prince ziyaride est un autre exemple. Un jour, Avicenne est appelé auprès    du prince qui était très malade. Il prit la main du prince et il sentit battre le pouls tantôt lent et tantôt très rapide, à coups précipités et arythmiques. Pour Avicenne, le pouls traduisait les affects du cœur et donc, cela était dû à l’amour. Une personne qui connaissait bien les quartiers et les rues de la ville est alors appelé.  Cette dernière se met à réciter le nom des quartiers. Au moment où elle prononçait le nom d’un quartier, le pouls du prince se mit à battre violemment.  Avicenne déclara alors que le remède était le mariage avec une jeune fille qui y habitait. D’après Avicenne, l’amour est une maladie mentale et donc celui qui est atteint de maladie mentale peut, de fait, être amoureux.

Avicenne classait les maladies en quatre catégories : les maladies qui touchent le flegme, le sang, la psyché et la bile. Le côté scientifique et théorique de la médecine était plus important que celui lié à l’expérimentation. Bien qu’il ait effectué des opérations, il ne les considérait pas comme un moyen de traitement fiable, car il lui manquait beaucoup d’équipements nécessaires.  Son œuvre majeure en médecine est intitulée Canon, ce texte fut étudié durant plus de 7 siècles et était considéré comme la référence dans les études médicales en Europe. Il existe d’ailleurs beaucoup de commentaires de ce texte.

Le fait qu’Avicenne ait été connu longtemps en Europe comme un « philosophe arabe » était dû au fait qu’il avait rédigé ses œuvres en langue arabe et non en persan. La raison en est dévoilée aujourd’hui : l’arabe était la langue de la politique et des sciences.

Littérature

Avicenne a composé certains poèmes (reconnus comme ses œuvres par ses contemporains) qui sont véritablement philosophiques. La formule utilisée était la suivante : il était lui-même un personnage qui répondait à un autre personnage imaginaire.  Mais une grande partie de ces poèmes ne sont pas authentiques. Certains ont été retrouvés dans les recueils d’autres poètes et les pensées exprimées contredisent celles d’Avicenne.

Ses œuvres étant rédigées en langue arabe et non en persan, en Europe, il est connu comme un  philosophe arabe. La raison en est dévoilée aujourd’hui : l’arabe était la langue de la politique et des sciences à son époque.

Les œuvres d’Avicenne 

Médecine

Canon : l’œuvre la plus connue d’Avicenne dans laquelle il collecte les principes de la médecine et les classifie.

Traité sur la chicorée et les effets médicaux de cette plante dans la médecine végétale

Traité sur l’oxymel où il y étudie les effets médicaux du mélange vinaigre et miel

Traité sur la santé qui aborde les principes de la santé du corps humain.

Traité sur l’amour où Avicenne explique les maladies mentales, l’amour en étant une

Traité sur les menstruations et les traitements médicaux

Discours sur la colique

et de nombreux autres études

 

Philosophie :

Kitâb al-Shifâ : le Livre de la guérison. Traité sur la philosophie et l’école péripatéticienne qui est basée sur la raison. Avicenne y classifie la science (pour lui c’est la philosophie) en quatre parties : Logique (al-mantiq), physique (al-tabî iyyât), mathématiques (al-riyâdiyyât) qui est une science médiocre car accessible par les cinq sens, métaphysique (al-ilâhiyyât) ou science majeure qui comprend la philosophie dont le but est de découvrir ce qui est caché .

Kitâb al-Najâh (Livre de la délivrance) : le résumé de Kitâb al-Shifâ

Kitab al-Isharat : traité sur le soufisme, l’éthique et l’amour. Plus récent, il a été rédigé à la fin de sa vie.

Encyclopédie Alaei : traité de philosophie écrit pour le gouverneur[24] d’Ispahan dans lequel il trouve et utilise   des équivalents persans pour les expressions scientifiques et philosophiques, ce qui est nouveau. La majorité des livres d’Avicenne sont écrits en arabe, mais ce livre est en persan pour que Kakouyeh puisse comprendre les notions philosophiques. Cent vingt-six autres traités nous sont parvenus.

Jurisprudence religieuse 

Traité sur la prophétie où il parle de Mahomet, le prophète de l’islam

Traité sur la conscience après la mort : traité sur la jurisprudence dans lequel il a recours à des expressions philosophiques qui traitent de la conscience de l’esprit après la mort

De plus, vingt-quatre autres traités sur la jurisprudence nous sont parvenus

La littérature 

La majorité des œuvres littéraires attribuées à Avicenne comprennent des qasida ou rubaï (quatrins). Il a écrit onze qasidas longues en langue arabe.

Les historiens et les scientifiques des siècles précédents lui ont attribué de nombreux ouvrages de mathématiques, de géométrie, mais il n’en reste pas trace. Il est possible que cela soit dû aux conflits politiques comme l’invasion des Mongols qui aboutissent à la disparition de livres.

Deux œuvres majeures d’Avicenne

En médecine, l’œuvre la plus connue d’Avicenne est « Le Canon de la médecine » dans laquelle il collecta les principes de la médecine et les classifia.  Cet ouvrage constituait la seule référence en médecine, telle qu’elle était enseignée dans tous les pays islamiques et européens.

 En philosophie, son œuvre « Kitâb al-Shifâ » ou « Le Livre de la guérison » était un traité sur la philosophie et l’école péripatéticienne fondée sur la raison.

Le rôle d’Avicenne pour le progrès de la médecine moderne 

L’ouvrage Canon était la seule référence en médecine, telle qu’elle était enseignée dans tous les pays islamiques et européens.

Dans ce livre, Avicenne parle de différentes maladies qui se propagent par l’eau ou la terre et des maladies contagieuses telles que la tuberculose. Il y présente différents types de colique et en donne le traitement.

Il connait les maladies psychiques comme la mélancolie. Il découvre pour la première fois les parasites qui existent dans le corps humain.  Dans le Canon, il évoque la cause des maladies : la présence de créatures minuscules dans le corps. Il faut tenir compte du fait qu’il a fait cette découverte et a classifié les maladies au Xe siècle sans laboratoire ni équipements comme le microscope et il faut attendre 900 ans, au XIXe siècle, pour que les microbes soient découverts par Louis Pasteur.

La médecine d’Avicenne se basait sur l’anatomie et l’étude de la fonction des divers organes du corps. Sa connaissance des plantes, surtout des herbes médicinales pour les maladies pulmonaires, était exemplaire pour son temps.

Ainsi, étant donné le niveau des connaissances scientifiques à la période où Avicenne a donné son approche de la médecine tant en Orient qu’en Europe au 19ème siècle, il n’est pas étonnant que les deux mondes, l’Orient et l’Occident, voient en Avicenne le père des médecins, des philosophes et des scientifiques en général.

La médecine d’Avicenne se base sur l’anatomie et l’étude de la fonction des organes du corps. Sa connaissance des plantes, surtout des herbes médicinales pour les maladies pulmonaires, était exemplaire pour son temps. Il a découvert et classifié 11 plantes médicinales pour cette maladie. Réputé pour ses diagnostics, il le fut également pour les remèdes.

Les tumeurs cancéreuses sont un autre domaine de sa médecine et ses propos sont très surprenants. Pour lui, le bon remède pour toutes maladies consiste en une bonne nutrition, une alimentation saine. La graisse et le sucre sont nuisibles pour le corps, par contre le yaourt est un produit alimentaire à recommander. Il prescrit du pain d’orge et du yaourt ou de la crème de lait fermenté au roi samanide. Sa connaissance des frissons cellulaires (frisson-hyperthermie) est incroyable. Il guérit la paralysie des jambes par des chocs électriques fournis par le corps des anguilles. La notion des frissons cellulaires est une découverte récente qui date au maximum d’un siècle.

La rencontre avec les savants et les scientifiques 

A l’époque, de nombreux savants se trouvaient réunis à la cour des Samanides à Khârezm, ce qui permit à Avicenne de rencontrer la majorité des scientifiques[25]  qui avaient fui durant le règne des Ghaznévides.

Les disciples d’Avicenne 

Il enseigna à de nombreux disciples[26] entre autres Jozjani qui l’accompagna pendant vingt années, de son arrivée à Khârezm jusqu’au moment de sa mort. Ce que nous savons sur Avicenne a été fourni par ce fidèle. Khayyâm se considérait aussi comme un disciple d’Avicenne.

Dans certaines œuvres littéraires en persan, rédigées sous la forme de poème ou en prose, nous trouvons des passages qui nous apportent des informations sur Avicenne. Dans  l’oeuvre de Rûmî[27], il y a des allusions aux rencontres d’Avicenne avec les grands mystiques de son temps[28]. Le nom d’Avicenne se trouve aussi dans l’œuvre majeur d’Attar[29] et de Saadi[30] . Celui-ci aussi lui donne le titre de père des médecins[31]dans son œuvre[32]. Voici deux anecdotes en prose d’Attâr[33] et Ibn Monavvar[34]  sur Avicenne :

 

Tazkirat al-awliya d’Attâr

Fasciné par Kherqāni[35]Avicenne s’était mis en route vers le Kharaghan, région à l’est de Téhéran. Il chercha Cheikh qui était un bûcheron, mais ce dernier était allé dans le désert pour ramasser du bois. Avicenne demande à sa femme où il était. Elle répondit : « Qu’est-ce que tu cherches auprès de cet imposteur ? ». Elle avait insulté son mari, cependant Avicenne indifférent, partit à sa recherche. Il trouva Cheikh qui avait mis un tas de bois sur un lion. Etonné, il lui a demandé pourquoi. Cheikh lui dit : « Je dois subir cette louve (sa femme) pour que ce lion m’obéisse. »

 

Asrar al-Towhid d’Ibn Monavvar

Un jour, Avicenne s’est rendu à une réunion où Cheikh prêchait. Celui-ci le reconnait. Après, ils s’éloignèrent du groupe et durant 3 jours, ils se sont entretenus seuls en tête à tête, à l’écart du monde. A leur retour, les disciples de Cheikh lui ont demandé comment il trouvait Avicenne. Il répondit : tout ce que je constate, il l’aperçoit par la raison. Quand ils ont posé la même question à Avicenne, celui-ci répondit : tout ce que je sais, il le voit.

Chaque année, l’UNESCO décerne le prix Avicenne aux scientifiques dont les travaux contribuent au développement de la science et de la philosophie.  C’est une distinction créée en 2003 par le Conseil exécutif de l’UNESCO lors de sa 166e session, à l’initiative de la République islamique d’Iran. Ce prix est décerné tous les deux ans et entend récompenser les activités d’individus et de groupes dans les champs de l’éthique et des sciences.

On peut noter que l’uniforme des diplômés universitaires dans le monde entier est une reprise de la tenue d’Avicenne.

La renommée mondiale d’Avicenne 

La réputation d’Avicenne dépasse les frontières de l’Iran. Sa statue devant l’office de l’ONU à Vienne confirme son statut mondial. Chaque année, l’UNESCO offre le prix Avicenne[36]d’éthique scientifique aux scientifiques dont les travaux contribuent au développement de la science et de la philosophie. L’uniforme des diplômés universitaires dans le monde entier est une reprise de la tenue d’Avicenne.

 

[1] Situé autrefois dans la région de Khorasan, actuellement en Ouzbékistan

[2] Abu ‘Ali al-Husayn Ibn Abd Allah Ibn Sina,

[3] Hojat al Hagh et Cheikh el Rais

[4] Les Samanides, les Ma’munides, les Ghaznavides, les Ziyarides et les Bouyides 

[5] Abou Saeid Dakouk

[6] Nuh Ibn Mansur

[7] Les Samanides (874-1004) d’origine iranienne dont le royaume comprenait le nord-est de l’Iran, les régions comme le grand Khorasan, la Transoxiane, le Sistan, le Kerman, avait pour capitale Boukhara. Ils ont cédé la place aux Ziyarides, aux Buyides, puis aux Ghaznavides. Selon certains historiens, ils sont connus pour leur anti-arabisme.

[8] Ismail Zahed, Abou Abdallah Natli

[9] Selon Maimonide

[10] Nuh ibn Mansour

[11]Un groupe d’ismaéliens dans la région de l’Arabie et au sud du Golfe Persique et d’Oman dont le leader était Ahmad ibn Qarmate. Ils dévastèrent et attaquèrent maints lieux et même ils volèrent la Pierre Noire d’où le nom de Qarmate qui devint synonyme d’athée.

[12] Abou Al-Abbas ibn Ma’moun

[13] Sud de Téhéran actuel

[14] Majd al-Dolleh

[15] Chams o-dowleh1 ou Abû Tâhir Chams ad-Dawla

[16] Majd ad-Dawla et Chams ad-Dawla

[17] Shams al-Dolleh (gouverneur des Bouyides à Hamadān) et Baha al-Dolleh (gouverneur des Bouyides à Bagdad). Fatigué, épuisé et malade de la colique,  Shams al-Dolleh meurt  sur le chemin de retour à  Hamadān

[18] Sama al-Dolleh

[19] Les Bouyides du Fars et le gouverneur d’Ispahan Ala al-Dolleh Kakouyeh

[20] « Shahāb ad-Dīn » Yahya ibn Habash

[21] Philosophe français du XVIIe

[22] Pour Madjd al-Dollah

[23] Pour Chams al-Dollah

[24] Ala al-Dolleh Kakouyeh,

[25] Abou Sahl Masihi, Abou al-Kheir Khomar, Al-Birouni

[26] Abou al-Hassan Bahmanyar, Abou Obeid Jozjani, Yousef Ilaghi, Abou Mansour Ispahani,

[27] Al-Mathnawî (Masnavî)

[28] Abou al-Hassan Kharaghani et Cheykh Abou Saeid Abou al-Kheir.

[29] Cheykh Farid al-Din Attâr, grand poète mystique du XIIe siècle et rédacteur de Tazkirat al- Awliya,en prose

[30] Poète et moraliste du 11ème siècle

[31] Cheykh al Raïs

[32] Le Gulistan

[33] Tazkirat al-awliya (la biographie des mystiques)

[34]  Asrar al-Towhid (les mystères de l’Union)

[35] Shaikh Abul-Hassan Kharaqāni, grand mystique du Xe siècle

[36] Etabli en 2003 par le Conseil exécutif de l’UNESCO à sa 166e session, sur l’initiative de la République islamique d’Iran, le prix, décerné tous les deux ans, entend récompenser les activités d’individus et de groupes dans les champs de l’éthique des sciences. Son objectif est d’aider significativement à renforcer la sensibilité internationale à l’éthique des sciences et à souligner son importance, tout en promouvant la réflexion éthique sur les questions soulevées par les avancées des sciences et des technologies.

 

Rédacteur

Ali SHAHZADI

Titulaire de master en histoire d'Iran

Fatemeh Hosseinpour
Traductrice

Fatemeh Hosseinpour

Titulaire d'un master de français

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